L’art brut de Jean – Marie Massou

Pendant 45 ans, Jean-Marie Massou, un homme psychotique et solitaire a bâti un monde personnel dans une forêt de châtaigniers du Lot, charriant des pierres, creusant des passages souterrains vers un univers fantasmagorique, véritable manifeste de l’art brut. Il est mort le 28 mai 2020 dans sa masure au milieu des bois. Cet homme massif, à l’allure parfois inquiétante, aurait pu passer sa vie en hôpital psychiatrique, mais dans les années 70, sa mère décida d’acheter une vieille ferme entourée d’une forêt de 5 hectares dans le Lot. Ce bois de châtaigniers devint la page blanche de l’imaginaire extraordinaire de son fils. Il y creusait des galeries, déterrait des pierres gigantesques qu’il alignait ensuite, érigeait des pyramides ou sculptait des sphinx. Il réalisait également des collages. En 1997, à la mort de la mère de Massous, c’est André Bargues, l’ancien maire de Marminiac, qui devint le protecteur de Massou pendant plus de 20 ans. Celui-ci vivait grâce à l’allocation adulte handicapé (AHH) dans la ferme dévorée par la végétation, mais dotée d’électricité.

Le plasticien Antoine Boutet a suivi cet homme peu ordinaire durant un an et demain pour produire en 2010 un documentaire intitulé Le Plein pays. Auparavant, il avait déjà fait l’objet d’un petit reportage à la télévision visible ici.
Comme il ne savait ni lire ni écrire, Jean-Marie Massou fixait ses complaintes (c’est ainsi qu’il nommait ses récits) sur des cassettes, des centaines de cassettes. Sur ces bandes magnétiques, il racontait la fin du monde, la surpopulation, le désastre écologique, le soleil qui allait exploser… Il intimait donc à l’humanité de ne plus se reproduire et d’attendre les extraterrestres pour aller à « Sodorome », un paradis où les enfants ne souffriront plus.

En 2015, après avoir vu Le plein pays, Olivier Brisson, du label « Vert Pituite la belle » décida d’aller à la rencontre de l’artiste. Celui-ci lui confia quelques cassettes de ses chansons qui ont donné naissance à un album en 2017, intitulé Sodorome. Façon collage sonore, il s’agit d’une compilation d’histoires, de complaintes chantées dans la citerne derrière sa maison – pour l’écho – et de karaoké sur des enregistrements de Mireille Mathieu ou des BO de films pour enfants.
L’artiste laisse derrière lui une forêt criblée de cavités et galeries souterraines, pas toujours bien étayées, pas toujours terminées ni toujours bien identifiées. La maire nouvellement élue du village a d’ailleurs expliqué que sa première préoccupation était l’interdiction absolue des lieux pour éviter toute catastrophe. Viendra ensuite la réflexion pour savoir comment préserver, voire valoriser l’oeuvre de Jean-Marie Massou.

D’après une dépêche AFP.

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