Une introduction au chapitre sur la Première Guerre mondiale pour l’an prochain

« La guerre. Depuis son enfance, Jerphanion vit sous la malédiction de la guerre. Quand il avait six ans, de quoi lui parlait-on à l’école du village ? du système métrique ; mais aussi de l’Alsace-Lorraine et de Reischoffen. Peu de temps après avoir compris ce que c’était que le diable, il a connu le nom de Bismarck. Entre camarades, Prusco était encore une terrible injure. Les couvertures de ses cahiers d’écolier lui montraient Mac-Mahon, Chanzy, Faidherbe. Dès qu’il y pense, il sent monter du souvenir de ces pages coloriées, avec l’odeur du papier, une odeur d’amertume, de défaite. Sous une effigie de cavalier à bicorne, une notice vantait une pauvre victoire locale : Coulmiers, Bapaume. Même un enfant de six ans percevrait ce qu’il y avait d’aigre et de lamentable dans ces consolations. Quand on levait le nez de son pupitre, c’était pour contempler la carte de France, dont le jaune ou le vert auraient été si gais, sans cette épaisse tache gris-violâtre collée contre le renflement des Vosges. On croyait voir voleter dans la classe, comme une paire de chauves-souris, la double coiffe noire des provinces perdues. L’enfant du Velay n’osait pas se réjouir de l’air de ses montagnes. Le livre de lectures lui contait des histoires de Francs-tireurs, de siège de Paris, de charges à la baïonnette. La leçon de récitation lui faisait apprendre le Clairon de Déroulède, des pages de l’Année terrible. Jerphanion revoit encore tous ces képis coniques, toutes ces longues barbes, toute cette cohue à la fois militaire et faubourienne, tout ce Second Empire finissant dans la crasse et le désordre, que les vignettes de ses livres l’aidaient a évoquer, et qu’il retrouvait jusque dans les assiettes à dessert des fêtes de famille. Car au moment où l’on remplissait les verres de vin de liqueur, où les grandes personnes se mettaient à parler toutes ensemble et très haut, l’enfant, en déplaçant un petit four, découvrait la bataille de Champigny, un bivouac de l’armée de l’Est, Gambetta dans la nacelle de son ballon. Et quand c’était l’heure de jouer, il y avait toujours un vieux radoteur à barbiche impériale, pour vous dire, en vous tapotant la joue : « Toi, mon petit, tu seras de la génération de la revanche. » »

J’ai trouvé cette citation de Jules Romain, tirée du roman Le 6 octobre, premier volume de la série Les Hommes de bonne volonté, sur le blog (e)space & fiction. Elle est utilisable en troisième, en ouverture de chapitre sur la Première Guerre mondiale pour faire le lien avec le programme de quatrième.

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