Lectures soviétiques d’enfance

Il s’agit de l’adaptation pédagogique (1966) de deux romans de Charles Vildrac, publiés initialement en 1924 et 1930. Ils s’inspirent visiblement de Robinson Crusoé, de L’île mystérieuse et de Deux ans de vacances de Jules Verne ou encore de L’île au trésor de Stevenson.
Il s’agit à la fois d’un récit d’aventure et de voyage, ainsi que d’une utopie pour enfant. Dans le premier récit, Tifernand, un jeune écolier du faubourg Saint-Antoine, n’aime plus l’école depuis qu’il a un maître trop sévère. Et cela le rend malheureux. Heureusement, un mystérieux et bon personnage, l’Enchanteur, propose à ses parents de l’emmener sur l’île rose, véritable utopie éducative pour garçon située sur une « île qui est marquée seulement sur les rares cartes géographiques qui soient tout à fait complètes », quelque part en Méditerranée. La plus grande partie du roman relate la découverte de l’île et  de son fonctionnement par l’enfant et notamment ses règles, jugées suffisamment sages pour qu’elles soient naturellement respectées. Mais éloigné de sa famille (sa soeur lui manque beaucoup) et inquiet pour sa mère malade, Tifernand tente de quitter l’île et manque de mourir noyé, expliquant ensuite ainsi son geste téméraire : « Il y a, soupire brusquement l’enfant, que c’est trop beau ici, qu’on est trop heureux ici pour pouvoir en profiter tout seul ». L’Enchanteur  comprend alors le mal-être de Tifernand et  propose à sa famille de le rejoindre le temps des vacances.

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Carte de l’île rose

Le second roman s’ouvre sur l’arrivée définitive sur l’île de la famille de Tifernand, tandis qu’après la ruine de l’Enchanteur, monsieur Vincent, les enfants doivent maintenant travailler pour assurer l’existence de l’île. Heureusement, celle-ci se révèle riche et donc propre à être exploitée, à condition que ses occupants sachent faire preuve d’ingéniosité et de courage. Survient alors une terrible tempête qui ravage l’île. Livrés à eux-mêmes en raison de la maladie de monsieur Vincent, les enfants doivent se débrouiller par eux-mêmes pour restaurer leur paradis. Une partie de la solution sera de l’ouvrir au monde afin de faire des échanges avec le continent, ce qui occasionnera plusieurs péripéties qui donneront à Tifernand l’occasion de se distinguer.
Charles Vildrac visita l’URSS à la fin des années 30 et rendit compte de son voyage dans son livre Russie Neuve, publié en 1937. Selon lui, l’expérience éducative soviétique réalisait le rêve de la création d’un enfant heureux, autonome, curieux et épanoui : « Tout le système de l’éducation actuelle est basé sur le respect de l’enfant, sur la confiance qu’on lui accorde, confiance que l’on souligne en toute occasion et dont il est soucieux de se montrer digne. On lui laisse des initiatives, c’est-à-dire des responsabilités. En lui témoignant qu’on le considère comme une personne raisonnable, dont on attend des actes conscients, on dégage les éléments les plus précieux de sa personnalité pour en favoriser ensuite l’essor ».
Lorsque j’ai lu ces deux romans enfant, je n’ai évidemment pas perçu la vision communiste des récits, qui apparaît de façon évidente aux adultes, comme lors de ce discours de monsieur Vincent aux enfants :
« Il est évident que nous pourrions maintenant comme on dit, donner de l’extension à notre affaire […] A quoi bon ? […] nous deviendrions des hommes d’affaires riches d’argent et pauvres de liberté. Je parle de la liberté d’esprit autant que des loisirs. Ah ! mes chers enfants, le monde entier souffre de trop produire. Les hommes ne savent plus que travailler et faire travailler les autres pour gagner de l’argent et acheter quantité d’objets inutiles. » J’ai par contre été sensible au côté roman d’aventure et j’ai plus d’une fois rêvé de parcourir l’île rose, notamment grâce aux illustrations d’Hervé Lacoste.

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D’après mes souvenirs d’enfance et un très intéressant article de Martine Jacques, « L’Île rose et La Colonie de Charles Vildrac : le modèle utopique en question dans la littérature pour la jeunesse des années vingt ».

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