Quand les élèves répètent des idées reçues

Un président de la République qui dénonce les « fainéants », un responsable politique qui fustige le « cancer de l’assistanat », des aides sociales rabotées parce qu’on ne va pas « pleurer pour 5 euros »… Le personnel politique n’est pas le dernier à véhiculer des caricatures des personnes en situation de pauvreté, ce qui concerne un Français sur sept, selon l’Insee.
À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, ce mardi 17 octobre, j’ai malheureusement entendu un élève de l’une de mes classes comparer les chômeurs à des parasites…
Voici donc les clichés et idées reçues, tous faux, sur la pauvreté d’après une liste de l’association ATD Quart Monde.

Idée reçue n° 1 : Les pauvres profitent du système.
L’Observatoire des non-recours a publié en 2011 une étude montrant que 50 % des personnes éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le touchaient pas. Ce taux atteignait 68 % pour le tarif « première nécessité électricité » d’EDF ; entre 50 % et 70 % pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ; 70 % pour l’aide au paiement d’une complémentaire santé. Soit plus de 10 milliards d’euros non réclamés.

Idée reçue n° 2 : Les pauvres sont mieux soignés que les autres grâce à la CMU et à l’AME .
En 2016, plus d’un quart des assurés sociaux (26,5 %) ont renoncé à se faire soigner, en particulier pour les dents ou les yeux, selon une enquête de l’Observatoire des non-recours. Les premières raisons invoquées sont un « reste à charge » trop élevé (ce qu’il reste à payer après la Sécurité sociale) ou l’impossibilité d’avancer les frais. Ces chiffres s’expliquent également par le taux élevé de non-recours à la couverture maladie universelle ou à l’aide à la complémentaire santé.
L’aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers sans papiers, pour un nombre restreint de soins (en particulier vaccin, accouchement, lutte contre le VIH ou la tuberculose)est critiquée par la droite et l’extrême-droite. Mais sa suppression risquerait d’augmenter la propagation de certaines affections contagieuses.

Idée reçue n° 3 : La fraude aux prestations sociales est massive 
Les prestations versées sous conditions de revenus peuvent évidemment être détournées par de mauvaises déclarations des revenus ou de la situation familiale. L’ensemble des fraudes constatées par la branche famille de la Sécurité sociale (intentionnelles ou non) atteignait 248 millions d’euros en 2015, dont 62 % concernent le RSA et 21 % les aides au logement, selon le Comité national de lutte contre la fraude.
Ces montants sont toutefois sans commune mesure avec ceux de la fraude fiscale : en 2015, les opérations de la direction générale des finances publiques ont permis de « rectifier » 21,2 milliards d’euros, dont 12,2 milliards ont été encaissés. La cellule mise en place par Bercy pour rapatrier les avoirs des particuliers à l’étranger a permis à elle seule de récupérer 2,85 milliards d’euros. Les fraudes aux taxes douanières ont aussi atteint une somme record de 377 millions d’euros.

Idée reçue n° 4 : On vit mieux en cumulant le RSA et les allocations qu’en travaillant au smic.
Avoir un emploi reste toujours plus avantageux que de toucher les minima sociaux. Le smic net mensuel s’établit à près de 1 150 euros, soit deux fois plus que le montant du RSA pour une personne seule (545 euros).
L’association ATD Quart Monde rappelle que la plupart des prestations sociales (APL, allocations familiales, tarifs sociaux du gaz et de l’électricité) continuent à être versées aux personnes gagnant le smic. Elle a réalisé plusieurs simulations en 2016, avec différentes configurations familiales. Résultat, les écarts de revenus entre travailleurs au smic et bénéficiaires du RSA sont au minimum de 300 euros par mois pour un célibataire et peuvent atteindre près de 700 euros pour un couple avec deux enfants.

Idée reçue n° 5 : Quand on cherche vraiment du travail, on en trouve .
Les responsables politiques déplorent régulièrement la quantité d’emplois non pourvus en France : 350 000, selon François Rebsamen en 2014 ; 600 000, selon Jean-Christophe Lagarde en 2017. Sans compter les « 1,7 million d’intentions d’embauche » évoqués en 2015 par Pôle emploi. Qu’attendent donc les chômeurs pour occuper tous ces postes vacants ?
La réalité n’est pas si simple : en premier lieu, les intentions d’embauche sont des déclarations, qui reflètent les aspirations des entreprises mais pas des postes réellement à pourvoir. Quant aux emplois non pourvus, il s’agit de la photographie à un instant donné qui regroupe des emplois vacants depuis longtemps et d’autres qui sont disponibles seulement quelques jours.
Enfin, les qualifications et la situation géographique ne correspondent pas toujours au profil des demandeurs d’emploi.
Et dans tous les cas, les chiffres avancés sont loin de répondre au problème structurel du chômage de masse : 3,5 millions de personnes n’ont aucun emploi et plus de 2 millions de salariés exerçaient une activité réduite en France à la fin d’août 2017.

Idée reçue n° 6 : Les pauvres s’en sortent bien, parce qu’ils paient tout moins cher.
Si les personnes à faibles ressources peuvent avoir des tarifs réduits sur certaines prestations liées à l’État ou aux collectivités (EDF, transport en commun, cantine ou garde d’enfant, entrée dans les musées, etc.), elles paient plus cher que la moyenne pour d’autres biens et services du secteur privé. Le surcoût peut atteindre entre 3 % pour les assurances et 20 % pour les prêts à la consommation. L’achat en petite quantité fait augmenter les prix unitaires, par exemple dans la téléphonie, où il peut revenir jusqu’à 30 % plus cher d’utiliser des cartes prépayées plutôt qu’un forfait mensuel. Le logement suit également cette logique, puisque les prix au mètre carré sont plus élevés pour les petites surfaces.

D’après un article du blog Les Décodeurs.

 

One thought on “Quand les élèves répètent des idées reçues”

  1. Ils n’en sont pas encore à penser par eux-mêmes pour beaucoup et répéter ce qu’on entend à la maison donne « un statut », « une position » dans le groupe…Seule leur position dans le groupe a de la valeur et cela me semble de plus en plus fort après 25 ans d’enseignement.

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