Un musée du fascisme en Italie en 2019 ?

italiens
le tombeau de Mussolini à Predappio

Une polémique a lieu en ce moment en Italie autour du projet d’un musée du fascisme, partiellement financé par l’État, comme l’avait annoncé Matteo Renzi en 2016, qui pourrait ouvrir en 2019 au sein de l’ancien siège du Parti national fasciste (casa del fascio), à l’abandon depuis une vingtaine d’années (un bâtiment de 2 400 m², surplombé par une tour de 40 mètres). Le projet est porté par le maire de Preddappio, dans le nord de l’Italie, ville natale de Mussolini et où reposent ses restes depuis 1957.
Après son exécution en avril 1945, le corps du Duce a été inhumé dans une fosse commune du cimetière de Musocco, près de Milan. Mais dans la nuit du 22 avril 1946, il fut volé par des nostalgiques fascistes et enterré dans le sous-sol d’un couvent. La République italienne, les ayant retrouvés, décida finalement de remettre les restes du corps dans le plus grand secret aux mains des capucins du couvent de Cerro Maggiore, qui les conservèrent dans une armoire pendant onze ans. Le 31 août 1957, les autorités italiennes autorisèrent finalement l’ensevelissement de la dépouille dans le cimetière de San Cassiano, à Predappio où se trouve la crypte familiale des Mussolini.
Depuis, environ 50 000 personnes se rendent chaque année à Predappio afin d’y célébrer le fondateur du fascisme, surtout lors d’anniversaires tels que sa naissance (29 juillet 1883), sa mort (28 avril 1945) ou encore la Marche sur Rome (28 octobre 1922).
Ce «pèlerinage» a suscité la commercialisation d’un véritable attirail d’objets, souvenirs et symboles du fascisme: matraques, bouteilles d’huile de ricin, faisceaux, aigles, croix celtiques, mais aussi tee-shirts sérigraphiés «I love Duce», tasses et verres, briquets, porte-clés, calendriers ou encore bouteilles de vins à la mémoire de Mussolini.
La mairie, administrée par la gauche depuis 1945, est partagée face à ces «touristes», dont la présence contribue à dynamiser l’économie locale. En 1984, afin d’éradiquer la vente à la sauvette, elle avait décidé d’autoriser la création de trois boutiques de souvenirs.
En s’inspirant de l’exemple du Centre de documentation sur le nazisme ouvert en 2015 à Munich, le maire de Preddappio voudrait transformer le tourisme de propagande en un tourisme de connaissance.
Des historiens, dont Carlo Ginzburg émettent toutefois de sérieuses réserves sur cette localisation pour le musée. Selon eux, le musée sera entouré de boutiques vendant des gadgets estampillés «fascisme», et deviendra inévitablement une occasion de célébration du fascisme. Ils proposent que le musée du fascisme soit situé à Milan ou à Rome, deux villes ayant joué un rôle central dans la politique fasciste.
En effet, la plupart des historiens italiens partagent une même conviction : les Italiens doivent se confronter à leur histoire fasciste. Car au lieu de réfléchir sur les crimes passés, ils ont préféré produire un récit passif et victimaire dans lequel ils auraient souffert de la dictature fasciste et, lors de son déclin, auraient montré très vite leurs véritables sentiments antifascistes et participé à la lutte de libération nationale, ce qui n’est pas l’exacte vérité historique.

D’après un article de Slate.fr

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s