Révélations sur le rôle de la France au Rwanda

La revue XXI publie, mercredi 28 juin, une enquête sur le rôle de la France lors du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, qui affirme que les autorités françaises ont sciemment réarmé les responsables des massacres, violant ainsi l’embargo sur les armes décrété par l’Organisation des Nations unies.
Intitulé « Réarmez-les », l’article de Patrick de Saint-Exupéry, cofondateur de la revue, s’appuie sur le témoignage d’un haut fonctionnaire qui a pu consulter les archives sur le conflit rwandais lorsque l’Elysée annonça en 2015 l’ouverture de ces archives, refermées depuis en raison de documents trop compromettant. L’ordre de livraison d’arme était en effet apparement signé par le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, Hubert Védrine.
Par ailleurs, un ancien officier de l’armée de terre, qui avait été déployé au Rwanda dans le cadre de l’opération « Turquoise », confirme ces accusations. Joint par Le Monde, il affirme avoir vu la réalisation d’une de ces livraisons dans la deuxième quinzaine de juillet 1994. Le commandant adjoint de “Turquoise” sur la base de Cyangugu lui avait demandé de retenir l’attention de journalistes pour laisser passer un convoi d’armes vers le Zaïre. Le soir, lors du debriefing, on lui avait alors expliqué que la France livrait des armes pour que les génocidaires ne se retournent pas ses troupes.
D’autre part, une plainte a été déposée mercredi 28 juin à Paris, par l’association Sherpa, qui se fixe pour objectif de défendre les victimes de crimes économiques. L’ONG s’est constituée partie civile avec l’association Ibuka et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda car elle accuse la banque BNP Paribas de « complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre » pour avoir financé un achat d’armes au profit du gouvernement extrémiste hutu de Kigali, en juin 1994, alors que le génocide des Tutsi battait son plein, et en violation d’un embargo décrété par les Nations unies.
Les 14 et 16 juin 1994, trois hommes, dont le marchand d’armes sud-africain Petrus Willem Ehlers, un officiel zaïrois et le colonel Bagosora, directeur de cabinet au ministère de la défense rwandais et aujourd’hui en prison après sa condamnation à trente-cinq ans de réclusion par le TPIR pour génocide, ont acheté des armes pour un montant de 1,3 million de dollars (1,1 million d’euros) destinées dans les faits aux Forces armées zaïroises. L’achat, officiellement effectué au profit de l’ex-Zaïre (République démocratique du Congo), a été livré par avion en deux fois à Goma, dans l’est du Zaïre, avant d’être acheminé dans l’ouest du Rwanda, où il a été distribué à des miliciens hutu sous la supervision de l’armée rwandaise.
La Banque nationale du Rwanda demanda à la BNP le paiement de la somme de 1,3 million de dollars sur le compte suisse de M. Ehlers à l’Union bancaire privée de Genève, puis règle ensuite le gouvernement des Seychelles sur un compte américain hébergé à la Federal Reserve Bank of New York.
L’argumentation de la plainte déposée par Sherpa repose sur le fait que la notion de « complicité » de BNP Paribas n’implique pas une intentionnalité de la banque de participer au génocide rwandais, ni le fait de partager les objectifs des auteurs du génocide, mais seulement une connaissance des conséquences des actes commis. L’ONG cite, à l’appui de sa démonstration, un arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire Maurice Papon – condamné en 1998 pour l’organisation de la déportation de juifs de Gironde pendant la seconde guerre mondiale – dans lequel il est spécifié qu’« il suffit d’aider ou d’assister en connaissance de cause une ou plusieurs personnes à commettre un crime de génocide ».

D’après deux articles du Monde.fr, ici et .

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