Des propos intéressants

Le 5 décembre 1965, au soir du premier tour de la première élection présidentielle au suffrage universel direct de la Ve République, Michel Winock écrivait dans son journal: «Nous avons assisté à un regain d’intérêt pour la politique. […] Nombre de Français se sont sentis à nouveau citoyens, à nouveau concernés. C’est le bon côté de l’élection présidentielle, cette mobilisation des esprits sur la politique.»

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L’historien publie un gros livre d’articles, intitulé La France républicaine. Histoire politique XIXe-XXIe siècle, dans lesquels, au fil des années, il a analysé ce qui mobilise et divise les Français : la gauche et la droite (et aussi les gauches et les droites), la laïcité et la religion, la monarchie ou la République.

Voici quelques uns de ces propos au sujet de l’élection présidentielle, repris  de son entretien pour le site Slate.fr :
« Je suis de plus en plus sensible au fait que, dans notre vie politique, l’élection présidentielle prenne une place démesurée. Toute la vie politique tourne autour d’elle, dans un système où le président occupe une telle place qu’on l’a baptisé «monarchie républicaine» –son fondateur, Charles de Gaulle, parlait, lui, de «monarchie élective». Le Président, responsable de tout mais irresponsable devant l’Assemblée, est devenu la cible de tous les mécontentements, un géant aux pieds d’argile. Les Français apparaissent dans l’Histoire comme des royalistes régicides : comme les grenouilles de La Fontaine, ils demandent un roi, dont ils s’appliquent ensuite à se débarrasser.
(…)
L’absolutisme et le catholicisme, religion unitaire, unanimiste, hiérarchique (il n’y a qu’une Église, là où les protestants ont pleine liberté de fonder leurs églises, au pluriel), ont forgé un modèle que l’on va retrouver en France dans des formes variées. Le communisme, très faible en pays protestant, a ainsi représenté cette tendance à l’Un, au Tout, à l’Unanime, tandis que le gaullisme, de son côté, a été une volonté de Rassemblement contre les partis. Il n’y a certes plus en France de religion d’État, mais il existe une religion de l’État. Le président de la République l’incarne.
(…)
La fonction du chef de l’État doit être de penser la longue durée avant tout. Malheureusement, trop souvent, les présidents de la République s’occupent des choses les plus triviales ou immédiates. Même si l’on prend un sujet comme la loi El Khomri, qui n’est pas anecdotique, est-ce vraiment au chef de l’État de s’en occuper? Non, cela doit revenir au gouvernement. Seulement, le gouvernement, aujourd’hui, n’est pas dirigé par le Premier ministre, mais par le président de la République, même si François Hollande a davantage fait mine qu’un De Gaulle de laisser son Premier ministre gouverner.
(…)
Giscard et Macron se ressemblent en ce qu’ils sont des partisans de la société ouverte par leur jeunesse et leur libéralisme, économique mais surtout intellectuel, sociétal, culturel. Le premier Giscard, avant qu’il ne soit pris à la gorge par la crise, a débloqué une société un peu collet monté avec une série de mesures, dont les plus symptomatique sont la loi Veil sur l’avortement (mais qui n’a été votée que par une minorité de la droite), la majorité à 18 ans ou la fin de la censure. Il a donné l’impression d’un souffle d’air, de quelque chose de nouveau. »

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