C’est un festival !

« Je pense que la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv« , a déclaré madame Le Pen ce matin lors du Grand jury RTL / Le Figaro / LCI. Elle a poursuivit ainsi :
« Je pense que de manière générale, plus généralement d’ailleurs, s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas LA France. Ce n’est pas LA France.(…) La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. En réalité, on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir peut-être que les aspects historiques les plus sombres« .

Ces propos s’inscrivent dans une école de pensée qui a été longtemps majoritaire et officielle en France, notamment sous De Gaulle et Mitterrand : celle qui consiste à dire que Vichy et l’État français ne constituaient qu’une autorité résultant d’un coup d’état, ne représentant à aucun le pays. Selon cette pensée,  le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 par l’Assemblée était anticonstitutionnel et donc les décisions de Vichy ne peuvent pas être attribuées à la France qui, à ce moment-là, était à Londres.

J’enrage de voir comment ces personnalités politiques assoiffées de voix et prêtes à tout pour faire parler d’elle manipule l’histoire ou la nie. Voici encore un extrait de l’Histoire mondiale de la France.
« Le 21 juillet 1942, le train à bestiaux qui a quitté la gare du Bourget-Drancy le 19 juillet 1942 à 9 h 5 stoppe sur le quai en terre battue d’une bretelle de voie ferrée située à un kilomètre au sud de la gare d’Auschwitz, à 500 mètres du camp de Birkenau. L’endroit sera nommé la Judenrampe , le quai aux Juifs. Le millier d’hommes et de femmes exténués par trois journées de voyage dans la promiscuité, la puanteur, la faim et la soif sautent des wagons dans le bruit et la fureur. Tout est allé pour la plupart d’entre eux si vite : arrêtés le 16 ou le 17 juillet à leur domicile parisien, conduits en autobus au camp d’internement de Drancy, chargés le jour suivant dans ces mêmes autobus, puis entassés dans des wagons vers une destination que tous ignorent, ils arrivent, frappés de sidération, dans cet autre monde dont ils ne savent pas le nom. Toutes les femmes – elles sont 121 – et une partie des hommes – 504 – entrent au camp et y sont immatriculés, leur numéro tatoué sur l’avant-bras gauche ; 375 hommes marchent vers une des deux maisons paysannes transformées en lieux de gazage, désormais appelées Bunker 1 et Bunker 2.
Ce convoi est le septième à être parti de France, mais ce sont les premiers déportés assassinés dès leur arrivée à Auschwitz. Jusqu’à la fin du mois de septembre 1942, trente-quatre trains venus de France s’arrêtent à la Judenrampe . Un tous les deux ou trois jours. Le 16 juillet, le premier train venu des Pays-Bas les a précédés, le jour même où le Reichsführer SS Heinrich Himmler commence sa visite des camps d’Auschwitz et Birkenau. L’architecte de la Solution finale » assiste à leur gazage. 38 500 juifs seront déportés des Pays-Bas cette même année 1942 ; 42 000 juifs de France sont déportés dans la même période ; ceux de Belgique – un total de 16 500 –, un train tous les quatre jours, les suivent. Dans le même temps, le ghetto de Varsovie est « liquidé » : entre juillet et septembre, une noria de trains achemine ses 300 000 juifs vers les chambres à gaz de Treblinka.
(…)
La persécution s’était abattue sur les juifs dès l’occupation allemande et la création de l’État français. Elle avait suivi le modèle mis en œuvre en Allemagne nazie et exporté ensuite, avec quelques variantes, dans les pays conquis : définition de qui est juif ; recensement ; interdictions professionnelles et expropriation des biens ; concentration ; déportation.
Tous – étrangers, naturalisés, français – sont victimes des législations croisées de l’occupant allemand et de l’État français. Pendant les deux premières années, ordonnances allemandes valables pour la seule zone occupée et lois et décrets de Vichy valables pour tout le territoire les isolent progressivement mais inexorablement et les privent de leurs moyens de vivre. C’est « le temps des décrets » (Edgar Faure) : révision des naturalisations postérieures à 1927 – environ 15 000 dénaturalisations sont prononcées ; abolition du décret-loi de 1939, dit Marchandeau, qui faisait de l’injure raciale un délit et rend à nouveau possible le déferlement de l’insulte antisémite ; ordonnance du commandement militaire allemand du 27 septembre qui définit qui est juif (« […] ceux qui appartiennent ou appartenaient à la religion juive, ou qui ont plus de deux grands-parents […] juifs », c’est-à-dire « des grands-parents qui appartiennent ou appartenaient à la religion juive ») et leur impose de se faire recenser – ce que font la quasi-totalité des juifs – et d’apposer à la devanture de tout commerce dont le propriétaire est juif l’affichette « entreprise juive ».
Le 2 juin 1941, l’État français prenait le relais de l’occupant allemand, ordonnant à son tour un recensement. Ces recensements, en contradiction avec la tradition républicaine, mettent ainsi au jour une improbable population juive à la définition erratique. Que cette définition fût davantage religieuse, comme dans l’ordonnance allemande, ou davantage raciale, comme dans celle donnée par le statut des juifs promulgué en octobre 1940 (« Est regardé comme juif […] toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race si son conjoint lui-même est juif »), qu’elle fût plus ou moins large ou étroite, elle définit toujours le juif par le poids de son ascendance. Ainsi, la liberté d’être ou de ne plus être juif, fruit de l’émancipation, est annulée. Surtout, ces recensements sont à la base du fichage. La préfecture de la Seine constitue un grand fichier et, dérivant de ce fichier central, quatre sous-fichiers : par nom, par domicile, par profession, par nationalité. Ces fichiers seront utilisés lors des diverses arrestations de masse, notamment la rafle des 16 et 17 juillet 1942.
Le gouvernement de Vichy promulgue la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des juifs », valable pour les deux zones. Pour l’essentiel, c’est la longue liste des professions interdites à ceux que le statut définit comme juifs. Ils ne peuvent plus exercer de mandats politiques ; la fonction publique leur est fermée, à quelques exceptions près ; ils ne peuvent plus travailler dans la presse, la communication ou le cinéma. Il est prévu de limiter leur nombre dans les professions libérales. Le 4 octobre est adoptée la loi sur les ressortissants étrangers de race juive. « Ils pourront […] être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence. » Ils pourront aussi « en tout temps se voir assigner une résidence forcée » par ce même préfet. Plus de 50 000 juifs étrangers furent déportés, les trois quarts des déportés juifs de France. »

Un ami m’a permis de découvrir la circulaire n°173-42 de la préfecture de police du 13 juillet 1942, c’est-à-dire les instructions officielles données à la police, par la voie hiérarchique, pour la réalisation de ladite Rafle du Vel’d’hiv. Elle est disponible ci-dessous, mais peu lisible. Vous en trouverez une transcription ici.

Circulaire_rafle

Un article de Slate.fr donne un nouvel éclairage de la déclaration de Marine Le Pen.
La rafle du Vél d’Hiv ne fut pas faite que par la police française. Ella a été aidée, les 16 et 17 juillet 1942, par plusieurs centaines d’hommes du Parti populaire français de Jacques Doriot, dont Victor Barthélémy était alors le numéro deux. Trente ans plus tard, ce même Victor Barthélémy était le numéro deux du Front national…
Quand l’Allemagne rentre en guerre contre l’Union soviétique à l’été 1941, Doriot poussa à la constitution de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et s’y engagea. Il chargea alors Barthélémy de faire fonctionner le parti pendant son absence. Barthélémy synthétisa en quelques mots les nouveaux objectifs : «Pour une politique intérieure antiparlementaire, antidémocratique, antijuive, antimaçonnique, hardiment socialiste, dans le cadre d’un État totalitaire, pour une politique extérieure de reconstruction européenne par la réconciliation franco-allemande et la collaboration avec tous les États d’Europe.»
À la fin de la guerre, Victor Barthélémy se réfugia en Allemagne, puis en Italie. Arrêté le 2 mai 1945, il est renvoyé en France où il obtint d’être traduit devant un tribunal militaire, lui qui fut toujours un civil, et ne fut condamné qu’à quelques mois d’emprisonnement.
En 1960, il entra au comité directeur du Front national pour l’Algérie Française fondé par Jean-Marie Le Pen. Ce dernier animait alors la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour à l’élection présidentielle de 1965. Face à l’insuccès, Barthélémy s’effaça, et ne réapparut que lorsque le mouvement néo-fasciste Ordre nouveau décida de lancer le FN en octobre 1972. Barthélémy reprit les structures du PPF pour organiser le FN. Il créa des fédérations départementales et des inspections régionales, mit en place en 1975 une série de commissions. Il dota le parti d’institutions, un comité central et un bureau politique, dont les dénominations sont évocatrices du mouvement ouvrier. Il mit également en place des associations destinées à servir de courroies de transmission au Front national, sur le modèle de l’action du PCF. Il élimina toute trace de collégialité pour faire remonter toutes les structures au président. Le FN en ordre de bataille, Victor Barthélémy s’effaça pour de bon en 1976 et mourut en 1985.

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