Pourquoi il est urgent d’aménager le territoire guyanais.

On compte 250 000 habitants en Guyane. Avec 3 habitants au kilomètre carré, ce territoire a l’une des densités de population les plus faibles de France. Mais la population y augmente toutefois beaucoup plus vite qu’en métropole : 2,8 % par an depuis 2006, contre 0,5 % dans l’Hexagone.
Conséquence du nombre élevé de naissances (plus de 3,5 enfants par femme contre 1,98 en métropole), les moins de 20 ans représentent 43 % de la population guyanaise ( et seulement 24 % en métropole). La moitié seulement des 15-24 ans est scolarisée (60 % en métropole), seuls 12 % d’entre eux ont le baccalauréat et ils sont plus de 25% à présenter de graves difficultés de lecture (contre 4 % en métropole). Ces jeunes sont logiquement les plus touchés par la précarité économique (40 % des 15-24 ans sont au chômage).
La population guyanaise  souffre également d’un retard de développement. Selon l’Office de l’eau en Guyane, 46 000 personnes n’ont par exemple pas d’accès direct à un service d’eau potable. Le revenu annuel moyen du département d’outre-mer est inférieur de plus de 44 % à celui de l’Hexagone et on compte près de quatre fois plus de bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et de la couverture maladie universelle (CMU) complémentaire. Le taux de chômage global est de 22,3 % en Guyane, soit plus de deux fois plus que sur le territoire métropolitain.
La Guyane est l’un des départements français les plus touchés par l’insécurité. En 2016, le ministère de l‘intérieur y a recensé près de 3 fois plus de violences volontaires, 4 fois plus de vols violents sans arme et 13,5 fois plus de vols avec arme. Avec 42 homicides en 2016 pour une population de 250 000 habitants, la Guyane est le département le plus meurtrier de France en valeur relative, c’est-à-dire rapporté au nombre d’habitants.
D’après un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publié en 2015, les prix à la consommation en Guyane sont supérieurs de près de 12 % à ceux de la métropole. Cet écart s’est réduit depuis 2010 mais il reste très important sur les produits alimentaires (45 % plus chers en Guyane qu’en France métropolitaine) et sur les logements (20 % plus chers). Cela s’explique principalement par deux facteurs : un marché local peu développé et une taxation importante des produits importés. Ces derniers sont notamment soumis à la taxe de « l’octroi de mer », qui vise à protéger le marché local contre la concurrence des productions extérieures mais qui augmente d’autant le coût de la vie en Guyane.
L’espérance de vie dans le département est de deux ans inférieure à celui de la métropole et certaines causes de décès y sont surreprésentées, comme la mortalité infantile et la mortalité liée au VIH. Par ailleurs, le département ultramarin est très touché par la dengue, le chikungunya et le Zika, qui nécessitent une prise en charge médicale importante. Or, la Guyane compte moitié moins de médecins généralistes que la métropole  et près de 4 fois moins pour les médecins spécialistes. Le département dispose de deux centres hospitaliers et de deux maternités, mais un cinquième de la population est à plus de 30 minutes d’un service d’urgence. Un rapport de l’Insee de 2014 soulignait que certaines femmes étaient à plus de 400 kilomètres d’une maternité, et devaient parfois s’y rendre en pirogue.
Toutes ces inégalités sont amplifiées par le mauvais état de nombreuses infrastructures routières : 7 communes sur 22 sont inaccessibles par la route et leurs habitants ne peuvent se rendre aux urgences que par hélicoptère.
La Guyane est le seul DOM-COM français habité à ne pas être une île, et le seul territoire de la France et de l’Union européenne à avoir une frontière terrestre avec des pays d’Amérique latine. Elle exerce de ce fait une forte attractivité économique et sociale, notamment pour les Haïtiens, les Brésiliens et les Surinamais. Le département a enregistré plus de 40 % des demandes d’asile reçues par la France dans l’outre-mer en 2013 et la population étrangère représente 35 % de la population totale, soit beaucoup plus qu’en métropole (6,4 %). Parmi cette population, le ministère de l’intérieur estimait le nombre d’étrangers en situation irrégulière en Guyane entre 30 000 et 60 000 en 2012.

D’après un article du Monde.fr

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