Dictionnaire de la France libre

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Cet imposant dictionnaire est très bien chroniqué ici. Je reprends des parties de l’article qui peuvent servir aux élèves de 3e pour comprendre la résistance et ses enjeux pour la refondation de la France à partir de 1944 ainsi que pour la construction européenne.

« Mi-juin 40. Le pire désastre que la France ait connu depuis Azincourt est consommé. Des millions de réfugiés errent sur les routes, un million et demi de soldats prend la route des stalags allemands. Un pays traumatisé se jette aux pieds d’un maréchal octogénaire sans réaliser ce que cela impliquera…
Pendant ce temps, à Londres, quelques milliers de têtes brûlées se rallient à un improbable général qui annonce sa volonté de continuer la lutte, seul ou presque : une pincée de fantassins, des pilotes sans avions, une poignée de navires techniquement incompatibles avec ceux des Britanniques, plus les pêcheurs de l’île de Sein et un mince filet de ralliés qui arrivent d’un peu partout.
C’est le début d’une épopée, dans son sens le plus strict : « Suite d’événements extraordinaires, d’actions éclatantes qui s’apparentent au merveilleux et au sublime ».
Partie de rien, la France Libre rallie en quelques mois de copieux morceaux de l’empire colonial, connaît des échecs sanglants et rentre très modestement dans la guerre sur des théâtres périphériques…
Trois ans plus tard, au moment du débarquement américain en Afrique du Nord, ses effectifs ont été multipliés par dix, elle a rallié la Résistance intérieure, est largement considérée à l’étranger comme la représentante légitime de la France, et achève la mue qui fera bientôt de ses dirigeants le gouvernement provisoire de la République.
(…)
L’accent a beau être mis sur la composante extérieure de la France Combattante, ce dictionnaire apporte aussi d’intéressants éclairages sur la Résistance intérieure. Née spontanément dès juin 40, elle s’organise en 1940 et 41, et devient peu à peu une véritable force – isolément, puis en coordination avec le BCRA gaulliste et le SOE britanniques, qui se tirent confraternellement dans les pattes – avant d’être fédérée par Jean Moulin, puis intégrée aux plans de bataille alliés en 1944, et de contribuer à la Libération. Tout cela avec et contre sa composante communiste, bien sûr, histoire d’ajouter une complication supplémentaire.
Le lecteur découvre aussi des synthèses qui mettent en évidence quelques réalités intéressantes. La France libre est beaucoup plus diverse que l’image du Général ne le laisse penser, elle attire des militaires et des syndicalistes, des apolitiques, des centristes, mais aussi des Croix-de-Feu et des maurrassiens qu’on aurait plutôt attendus à Vichy, le tout sous l’autorité d’un patron qui ressemble à une caricature de culotte de peau… mais qui avant-guerre, était plutôt marqué « catho de gauche ».
Sans surprise, à de rares exceptions près, la France Libre est un mouvement de jeunes… mais de jeunes nettement plus diplômés que la moyenne nationale. De Gaulle n’a pas été suivi par « les élites » qui sont sagement restées en France, mais elles ont contribué par l’intermédiaire de leurs enfants.
(…)
L’énumération des divers Conseils, Comités et Bureaux chargés de réfléchir sur « l’après » est parfois fastidieuse, mais réserve des surprises.
Le vote des femmes ? Personne n’en voulait vraiment, il fut imposé par De Gaulle. La majorité à dix-huit ans ? Tout le monde était d’accord avant de réaliser que tous ces jeunes idéalistes donneraient du poids aux communistes. L’Assemblée consultative d’Alger lui organise un enterrement de première classe.
Moins anecdotique, quid de l’épuration ? Sous quelles formes et dans quel cadre doit-elle être accomplie ? Que faut-il garder de l’œuvre législative de Vichy ? Comment imposer de nouveaux pouvoirs publics et minimiser l’anarchie ? Une fois la guerre finie, que faire de l’Allemagne et comment rééduquer les Allemands ? Toutes ces questions, et beaucoup d’autres, ont fait l’objet de synthèses, de rapports ou de propositions. Au final, elles ont été transmutés en politiques, puis mises en œuvre par des exécutants plus ou moins à l’aise dans le rôle qui venait de leur être confié.
D’autres idées ne sont pas mûres, et attendront leur tour. Un jeune Michel Debré rédige des projets de Constitution qui préfigurent celle de 1958. Des gouvernements en exil réfléchissent aux moyens d’empêcher de nouvelles guerres, et préparent des projets européens qui se mettront en place lors de la décennie suivante, des accords du Benelux dès septembre 1944, puis la CECA, et jusqu’au traité de Rome.« 

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