« L’histoire, il ne faut pas l’apprendre. Il faut la comprendre« 

« L’histoire, il ne faut pas l’apprendre. Il faut la comprendre » : Ces paroles sortent de la bouche  de la professeur documentaliste du lycée dans le film Les héritiers.

Ce film, sorti sur les écrans en 2014, n’évitent pas un certains nombre de poncifs sur le milieu scolaire, les établissement de banlieue et les classes difficiles, même s’il est issu d’une expérience vécue au lycée Léon Blum de Créteil en 2009 .
Toutefois, il a le mérite de montrer une pédagogie différente, autour d’un projet de classe sur le thème de la politique d’extermination menée par les nazis. Ce projet amène les élèves à visiter un musée, écouter le témoignage d’un ancien déporté et construire une réalisation originale et personnelle sur le sujet des enfants et des adolescents dans les camps nazis.

Dans ce film, Léon Zyguel, ancien déporté d’Auschwitz et de Buchenwald, a accepté de jouer son propre rôle, en témoignant devant les acteurs comme il le faisait devant des élèves. Né à Paris, de parents juifs polonais, Léon Zyguel a été arrêté en juillet 1942, à l’âge de 15 ans, avec sa mère et ses frères et sœur à Mont-de-Marsan en tentant de rejoindre la zone non-occupée. Il fut enfermé au camp Mérignac, puis transféré en août à Drancy où il retrouva son père, arrêté en août 1941, qui fut tué dans les camps.
Déporté au camp dʼAuschwitz, il a vécu l’enfer des camps, puis les « marches de la mort » lors de l’évacuation du camp en janvier 1945 qui le mena au camp de Buchenwald.
Il participa à l’insurrection armée et à la libération du camp le 11 avril 1945 et prononça le serment de Buchenwald, le 19 avril.
« Nous, les détenus de Buchenwald, nous sommes venus aujourdʼhui pour honorer les 51 000 prisonniers assassinés à Buchenwald et dans les Kommandos extérieurs par les brutes nazies et leurs complices. 51 000 des nôtres ont été fusillés, pendus, écrasés, frappés à mort, étouffés, noyés, empoisonnés et tués par piqûres. 51 000 pères, frères, fils sont morts dʼune mort pleine de souffrances, parce quʼils ont lutté contre le régime des assassins fascistes. 51 000 mères, épouses et des centaines de milliers dʼenfants accusent. Nous, qui sommes restés en vie et qui sommes des témoins de la brutalité nazie, avons regardé avec une rage impuissante la mort de nos camarades. Si quelque chose nous a aidés à survivre, cʼétait lʼidée que le jour de la justice arriverait.
AUJOURDʼHUI NOUS SOMMES LIBRES
Nous remercions les armées alliées, les Américains, les Anglais, les Soviétiques, et toutes les armées de libération qui luttent pour la paix et la vie du monde entier. Nous rendons hommage au grand ami des antifascistes de tous les pays, à lʼorganisateur et initiateur de la lutte pour un monde nouveau, que F.D. Roosevelt. Honneur à son souvenir. Nous, ceux de Buchenwald, Russes, Français, Polonais, Tchécoslovaques et Allemands, Espagnols, Italiens et Autrichiens, Belges et Hollandais, Luxembourgeois, Roumains, Yougoslaves et Hongrois, nous avons lutté en commun contre les SS, contre les criminels nazis, pour notre libération.
Une pensée nous anime
NOTRE CAUSE EST JUSTE, LA VICTOIRE SERA NOTRE.
Nous avons mené en beaucoup de langues la même lutte dure et impitoyable. Cette lutte exigeait beaucoup de victimes et elle nʼest pas encore terminée. Les drapeaux flottent encore et les assassins de nos camarades sont encore en vie. Nos tortionnaires sadiques sont encore en liberté. Cʼest pour ça que nous jurons, sur ces lieux de crimes fascistes, devant le monde entier, que nous abandonnerons seulement la lutte quand le dernier des responsables sera condamné devant le tribunal de toutes les nations : Lʼécrasement définitif du nazisme est notre tâche.
NOTRE IDEAL EST LA CONSTRUCTION DʼUN MONDE NOUVEAU DANS LA PAIX ET LA LIBERTE.
Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Levez vos mains et jurez pour démontrer que vous êtes prêts à la lutte. »

Toute sa vie, Léon Zyguel a été fidèle à ce serment, notamment en témoignant lors du procès de Maurice Papon en 1998. Il  a également inlassablement transmis la mémoire de la déportation aux élèves. Il est mort en janvier 2015.

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