Pour en savoir un peu plus sur l’Iran

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En 1979, le shah d’Iran (empereur) n’avait pas de successeur immédiat, et il se savait atteint d’un cancer qui allait l’emporter en 1980. Sa mégalomanie, amplifiée par le boom pétrolier de 1973, l’entraînèrent dans des projets de développement qu’il pensait financer sans limites mais la récession qui survint peu après entraînèrent des difficultés pour la population : spéculation sur l’immobilier, pannes d’électricité quotidiennes, mécontentement et frustration des travailleurs attirés vers la capitale par une prospérité mensongère. La corruption généralisée de l’administration aggravant encore les choses.
Cette situation a permis au religieux musulman Rouhollah Khomeyni de se présenter comme le défenseur d’une république vertueuse et respectueuse des libertés. Peu après son retour d’exil (entre 1964 et 1979), il forma même un gouvernement transitoire modéré.
Et le 11 février 1979, quand l’armée se rallia au mouvement protestataire, le régime s’effondra rapidement. Le caractère révolutionnaire de la République naissante ne fit bientôt plus de doute : ses positions internationales vis-à-vis des Palestiniens, des mouvements de libération du tiers-monde et des soulèvements du monde islamique contre l’impérialisme occidental étaient très claires.
Les pays occidentaux misèrent donc sur la victoire rapide de l’Irak quand son dictateur Saddam Hussein envahit la région pétrolifère du sud de l’Iran. La guerre dura cependant huit ans (1980-1988), permettant au pouvoir religieux iranien de se débarrasser de ses opposants et de se consolider.

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Sa Constitution peut faire apparaitre l’Iran comme une démocratie avec des élections tenues régulièrement depuis 1979. Mais le pouvoir est réparti de manière inégale entre un président élu pour quatre ans dont le gouvernement est responsable devant le Parlement et un Guide suprême désigné à vie par une Assemblée des experts élue séparément. Le Guide (Ali Khamenei depuis 1989) contrôlant le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir militaire (avec les milices).
Le président est le chef unique de l’exécutif, mais il est contrôlé par le Guide. Les lois les plus libérales que certains présidents ont voulu mettre en place ont été bloquées par le Guide qui s’appuient sur les miliciens (anciens combattants volontaires de la guerre contre l’Irak) et l’armée des  Gardiens de la révolution (pasdaran). Ces deux groupes tirent de leurs sacrifices, des blessures et de la mort de leurs camarades pendant la guerre contre l’Irak une légitimité que personne n’osent contester dans le pays. En prix de leur dévouement, ils ont d’ailleurs obtenus nombres d’avantages sociaux ou financiers.
L’armée des pasdaran bénéficie de la priorité dans les investissements matériels et compte environ 120 000 combattants, dont une marine et une aviation puissante. Pour assurer son financement, elle contrôle une grande partie des secteurs stratégiques de l’économie : pétrole, gaz, pétrochimie, travaux publics (routes, barrages, tunnels), télécommunications, infrastructures portuaires et aéroportuaires et énergie (technologie nucléaire).

En 2005, Mahmoud ­Ahmadinejad (2005-2013) accéda à la présidence. Ce non-religieux, ancien membre des pasdaran, plaça d’anciens frères d’armes aux postes clés du gouvernement et dans les provinces. Sa politique populiste rencontra un certain succès à l’intérieur du pays mais épuisa les réserves financières malmenées par l’embargo. À l’extérieur, ses menaces à l’égard d’Israël rendirent le président iranien populaire dans les pays arabes.
Lors de l’élection présidentielle de 2009, beaucoup d’Iraniens, parmi les jeunes et la moyenne bourgeoisie des grandes villes, sont toutefois allés voter dans l’espoir d’un changement réel pour deux candidats contestataires et « libéraux ». Lorsqu’on annonça la ­réélection ­d’Ahmadinejad au premier tour avec un score inattendu (62,9 %), les protestations entraînèrent des manifestations de masse, notamment à Téhéran.
L’intervention du Guide en faveur du président encouragea les miliciens à une répression très dure. Pendant plusieurs mois cependant, portés par l’écho de leur mouvement dans les médias occidentaux, de nombreux manifestants défièrent le régime. Les morts furent comptés par dizaines et les deux candidats contestataires lors de l’élection présidentielle furent réduits au silence et soumis depuis, sans jugement, à des assignations à résidence. La révolte fut donc étouffée. Toutefois le président Mahmoud ­Ahmadinejad a fini par être désavoué par le Guide, et c’est un « libéral », Hassan Rohani, qui lui a succédé lors de l’élection de 2013. Le nouveau chef de l’exécutif, qui bénéficie de la confiance du Guide, n’a cependant pas fait avancer les réformes et les libertés publiques bloquées par les partisans les plus  durs du régime.

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Les Américains avaient procuré à l’Iran leur premier réacteur nucléaire destiné à la recherche, et ce sont les Français et les Allemands qui avaient signé avec le shah la vente de cinq centrales dont la construction fut arrêtée lors de la révolution et dont la République islamique annula les contrats.
C’est pendant la guerre Iran-Irak que l’idée de reprendre la technologie nucléaire revint en Iran. L’isolement dans lequel le pays s’était retrouvé lors de l’attaque irakienne avait persuadé ses stratèges que seule l’éventualité d’une riposte nucléaire le protégerait contre une autre menace. C’est l’armée des pasdaran qui hérita du projet et le développa, ce qui aboutit à la construction d’un centrale par les Russes en 2011. Mais malgré la dissimulation des activités de recherches militaires dans des sites souterrains, elles furent dévoilées au monde en 2002.
Au nom du traité sur la non-­prolifération des armes nucléaires de 1968, les grandes puissances interdisait à l’Iran de développer une filière nucléaire autonome, y compris pour l’usage civil. L’Iran fut donc sanctionnée durement.

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La situation de l’Iran est aujourd’hui dramatique : l’embargo résultant des sanctions, les retards de construction d’infrastructures industrielles et la baisse du prix du baril de pétrole (de 120 dollars en 2012 à 20 en décembre 2015) ont affaibli l’économie iranienne qui dépend  pour une grande part des exportations de pétrole.
Et pourtant l’Iran, avec ses immenses réserves de gaz et de pétrole (9,3 % des réserves mondiales de pétrole), reste l’un des pays les plus solvables de la planète. Mais sa production était tombé à 3,9 millions de barils par jour en 2015.

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L’adhésion au régime dans les classes les plus pauvres et chez les miliciens repose beaucoup sur la personne du Guide Ali Khamenei, vieillissant (il est né en 1939). Des conflits risquent donc de surgir à propos de sa succession.

Simplification d’un article de Yann Richard.

Pour en savoir plus, vous trouverez ici un atlas en ligne, d’où proviennent les cartes  de l’article (mais datant de 1998).

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