Un roman pour changer le monde ?

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Pour écrire son roman La Jungle,paru en 1905, Upton Sinclair avait passé six mois à enquêter dans les abattoirs et s’était notamment fait embaucher pendant plusieurs semaines. Ce sont les début du journalisme d’investigation sur le terrain pour dénoncer l’inhumanité d’un système, les fraudes, les pots de vin. Ainsi, Nellie Bly se fit interner dans un asile pour pouvoir ensuite témoigner des maltraitances subies par les «aliénées».
Mais quand La Jungle parut, le livre a été victime d’un malentendu. Acquis aux idées socialistes, Sinclair l’avait écrit pour dénoncer les conditions de travail et de vie des ouvriers, pour que les Américains comprennent les dérives du capitalisme, et il n’ avait pour cela épargné aucun ressort dramatique pour apitoyer sur le sort de ses personnages, un couple d’immigrants croyant au « rêve américain ». Mais les lecteurs n’ont retenu du livre que la description des abattoirs et la façon dont était produite la viande qu’ils consommaient. C’est la description du traitement de la viande qui a provoqué un véritable scandale !
Les Américains découvrirent en effet ce qui s’apparentait à un empoisonnement national, mené dans le seul but de réduire les coûts de production. De la viande malade et avariée était reconditionnée et vendue. On faisait avaler n’importe quoi aux consommateurs, en-dehors de tout respect des principes élémentaires de l’hygiène. Voici comment Upton Sinclair décrit la fabrication des saucisses consommées au petit déjeuner : « On y ajoutait également les rognures qui avaient traîné par terre dans la sciure et la saleté, qui avaient été piétinées par les ouvriers, souillées par leurs crachats. (…) Quand les ouvriers chargeaient à pleine pelle la viande dans les wagonnets, ils ne prenaient pas la peine d’éliminer les cadavres des rongeurs. (…) Comme les hommes n’avaient aucun endroit où se laver les mains avant le déjeuner, ils avaient pris l’habitude de le faire dans l’eau destinée à la saucisse. (…) Le tout finissait sur la table du petit-déjeuner. »
L’impact du livre fut énorme. Le président Theodore Roosevelt, après avoir affirmé que Sinclair racontait n’importe quoi, finit par lancer une enquête officielle qui confirma les descriptions de La Jungle alors même que les propriétaires des abattoirs étaient avertis de l’arrivée des inspecteurs.
Le rapport officiel a ensuite entrainé l’adoption de deux lois fondamentales en 1906: le Meat Inspection Act (loi sur l’inspection des viandes) et le Pure Food and Drug Act, dans laquelle le congrès interdit la production et la vente d’aliments nuisibles et toxiques. Chaque produit destiné à la consommation humaine devait dès lors mentionner ses ingrédients sur son emballage. Le gouvernement devint responsable de la non-nocivité des produits commercialisés.

Malgré le succès de son roman, Upton Sinclair a toujours gardé de l’amertume à propos de La jungle : « je voulais toucher le cœur du public et par accident j’ai touché son ventre ».

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Le roman a été traduit en français, mais étant donné le résumé qui en est fait dans l’article de Slate.fr que j’ai utilisé pour écrire celui-ci, je ne suis pas sûr de le lire !

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