Innovation et expérimentation

Je ne le savais pas, mais j’ai découvert fortuitement que les inspections générales produisaient un rapport annuel. Celui de 2015 est consacré à l’innovation et l’expérimentation et leurs incidences sur le système éducatif.

Selon ce rapport l’innovation est « une démarche de création, de combinaison singulière d’éléments préexistants ou d’émergence d’éléments inédits. Elle dépend du contexte local. L’innovation renvoie à l’individu, ce qui parfois inquiète l’institution. L’innovation viendrait de la base, elle serait fondée sur des astuces, des trouvailles, des choix que font émerger la réflexion personnelle, l’intuition, la résonance individuelle, la singularité d’une situation locale, etc.
Ainsi, l’innovation ne vaut que parce qu’elle est unique, qu’elle est le produit remarquable d’un alignement rare, d’une combinaison heureuse de personnalités qui la portent, de données contextuelles favorables et d’objets façonnés avec passion.
Quatre mots-clef sont donnés autour de l’innovation : l’originalité (l’innovation, ce n’est pas forcément « de l’original ». Mais elle possède « une potentialité de nouveau qui se concrétisera dans les actions »), les valeurs (l’innovation permet de réactiver les valeurs, qui en sont motrices), le pouvoir (elle s’inscrit dans une tension entre deux sources de pouvoirs, les enseignants et les ministres), et le changement (pour une majorité, « l’innovation, c’est du changement. », mais c’est aussi une évolution, une transformation progressive qui s’inscrit dans la continuité).« 

Voici maintenant ce que dit ce même rapport de l’expérimentation : « c’est un fait qui s’impose comme telle. Elle s’apparente à une mise en oeuvre, à une inscription assumée dans le réel. L’expérimentation renvoie au système, car elle s’apparente à une prise en charge par l’institution, avec toutes les contraintes que cela implique. L’expérimentation serait une captation par le système d’une innovation première, captation dont on peut craindre qu’elle fasse perdre à l’innovation tout ou partie de sa saveur et de sa valeur, dès lors qu’il s’agit d’envisager une généralisation, donc l’intégration systémique d’un objet singulier
En première lecture, l’innovation est en décalage par rapport au réel au sens où elle se constitue en dehors de celui-ci. L’expérimentation, quant à elle, est une mise à l’épreuve, dans un fragment du « vrai » monde. En seconde lecture, par renversement du schéma, l’innovation apparaît comme une évolution pragmatique née d’un rapport immédiat au réel, une compréhension intime de son fonctionnement, tandis que l’expérimentation, avec la lourdeur de son protocole, peut se donner comme objet désincarné dans un lieu cette fois isolé du monde. Il y a donc, dans un cas comme dans l’autre, une forme d’isolement, à la fois propice au déploiement de l’idée et obstacle potentiel à sa diffusion. »

Et enfin, le rapport propose cette réflexion intéressante sur l’enseignant innovant,  vu comme un artisan :  » Du côté du pionnier se mêlent le plaisir souvent solitaire de la nouveauté, la difficulté à s’inscrire dans la démarche rigoureuse d’une expérimentation en bonne et due forme et la frustration d’une reconnaissance limitée du travail mené et des efforts déployés. L’enseignant innovant peut se trouver en porte-à-faux par rapport aux autres membres de la communauté éducative dans son établissement. Il peut aussi avoir le sentiment que la lourdeur administrative d’une intégration institutionnelle est de nature à broyer les meilleures volontés.« 

2 thoughts on “Innovation et expérimentation”

  1. Qu’est-ce que ça dit au fond, et dans un style « grattouille-moi-là-dans-mon-métalangage-assumé »?
    Que l’enseignant est seul? que son travail est profondément empirique (artisanal, encore que le mot artisanal présuppose un savoir -faire), qu’il recommence, se trompe, recommence encore (dans le meilleur des cas quand il n’est pas encore mort..) et c’est précisément ce qui fait la beauté de son travail.Qu’innover, même si cela suppose une envie et une recherche (souvent tournée vers-lui même égoistement) c’est souvent fortuit, comme un miracle…J’ai toujours dit que j’étais un artisan de l’éducation.
    L’enseignant « innovant » (je n’aime pas ce terme parce que je ne crois pas aux recettes) a travaillé beaucoup, recommencé beaucoup et il est surtout motivé par une recherche incessante de ce qui fonctionne.Et il est seul…C’est bien ce qui inquiète l’institution, elle gère une multitude (un peu moins dans peu de temps..;) d’individualités qui travaillent, plus ou moins bien et avec plus ou moins de courage, dans les mêmes mesures que dans n’importe quel autre corps de métier…Et le merveilleux résultat fortuit d’un enseignant « dérange » un peu et « l’isole » aussi parce qu’il est toujours « en marge » de l’institution et surtout du « groupe », mot chéri de l’institution qui essaie vainement de conduire son troupeau dans une direction unique dont le troupeau ne veut pas,. L’herbe n’est pas la plus verte au même endroit pour tous!

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