Cela travaille combien un sénateur ?

Les heures supplémentaires effectuées par les enseignants représenteraient une dépense annuelle de 1,1 milliard d’euros, en augmentation de 26,4 % entre l’année scolaire 2007 et 2015.
Cette augmentation des heures supplémentaires s’expliquerait comme une compensation de la baisse du nombre d’enseignants enregistrée entre 2002 et 2012, liée notamment à la mise en œuvre du principe de non-remplacement d’un départ sur deux à la retraite,, mis en place par Nicolas Sarkozy. La réduction des heures a alors été partiellement reportée sur les enseignants en place, sollicités pour faire davantage d’heures supplémentaires (j’en ai effectué jusqu’à 7 par semaine dans ma carrière, au lycée).

Cette analyse du sénateur Longuet, soutien de François Fillon (et déjà auteur d’un rapport sur le coût de l’éducation prioritaire en 2008), n’est cependant pas tout à fait exacte. Ce qui s’est produit dans ces années là, c’est que des heures postes ont été supprimées afin de les remplacer par des heures supplémentaires. Chaque établissement recevait un volet d’heures supplémentaires qu’il devait obligatoirement affecter à des enseignants, obligés d’en accepter au moins deux ! et s’il fallait pour cela supprimer un poste, il n’y avait pas d’hésitation. On apprécie alors ce passage du rapport de monsieur Longuet : « dans la mesure où les enseignants effectuent en moyenne 2 heures supplémentaires à l’année, il pourrait être envisagé de fixer le niveau de leurs obligations réglementaires de service à 20 heures par semaine pour les certifiés et à 17 heures par semaine pour les agrégés« .
Rappelons que dans son programme, François Fillon indique que le temps de présence des enseignants doit passer de 648 à 800 heures par an, avec un temps de cours inchangé ! Mais que vais-je bien pouvoir faire pendant 252 heures au collège, sans élève en face de moi ? Cela représente tout de même 7 heures de présence de plus dans l’établissement… A moins que monsieur Longuet ne me prévoit un bureau équipé d’un ordinateur pour pouvoir travailler sur mes cours et corriger mes copies au collège ? J’en doute…
On appréciera aussi que les enseignants soient accusés de mentir au sujet de leur temps de travail. Pour Gérard Longuet, « ce temps effectif de travail demeure méconnu dans une large mesure, les seules données existantes sur ce sujet reposant sur des enquêtes déclaratives« . Si monsieur Longuet veut m’équiper de capteurs et de caméra pour estimer mon temps de travail, qu’il me fasse signe.

Il propose par ailleurs d’aligner le régime horaire des professeurs agrégés sur celui des certifiés. Dans un rapport de 2013, la Cour des comptes relevait en effet que le traitement net annuel des agrégés est supérieur de 30% à celui des certifiés à 15 ans d’ancienneté. Or agrégés et certifiés sont placés dans des situations d’enseignement semblables au collège et au lycée. Cet avantage est donc bien à la fois sans lien avec le public d’élèves et inéquitables pour les enseignants.
Si monsieur Longuet prend le risque de se fâcher avec les agrégés (mais monsieur Fillon osera-t-il en période électorale ?), il semble redouter le lobby des professeurs de classes préparatoires, estimant qu’il est « légitime que le régime horaire des enseignants en classes préparatoires aux grandes écoles fasse l’objet d’aménagements, compte tenu du niveau d’exigence de ces classes« . Cette affirmation me semble gratuite et j’aimerai que soit donnée la part représentée par les heures supplémentaires en classes préparatoires dans les 1,1 milliards.

En contrepartie de ces propositions pour le moins risquées (mais la droite n’a peut-être pas besoin des voix des enseignants pour parvenir au pouvoir ?), et afin de renforcer l’attractivité du métier d’enseignant, monsieur Longuet envisage la revalorisation des grilles indiciaires en début et milieu de carrière (tant pis pour ceux qui sont en fin de carrière !). La rémunération annuelle nette moyenne des enseignants français du collège et du lycée dont l’âge est compris entre 25 ans et 34 ans est en effet inférieure de 2,42 %à 3,26% à la moyenne de l’OCDE. Pas sûr que cela suffise à faire passer le reste toutefois.

D’après un article du Figaro.fr

On trouvera ici une note d’information, un peu ancienne, sur les heures supplémentaires dans l’éducation nationale. A cette heure je n’ai pas trouvé de copie du rapport des monsieur Longuet.

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