Une tombe pour un bateau égyptien ?

Pour les égyptologues, Sésostris III est connu comme le premier à avoir opté pour une autre forme de tombeau que les pyramides,qui disparaîtront définitivement environ un siècle plus tard. Situé dans le centre du pays, à Abydos, sa tombe est pour la première fois entièrement souterraine, et semble annoncer celles de la Vallée des Rois, construite sur ce modèle.

C’est à une soixantaine de mètres de l’enceinte de ce tombeau qu’au début du XXe siècle, un archéologue britannique avait découvert un édifice enterré. Mais l’effondrement de la voûte de celui-ci avait stoppé ses recherches, lui laissant tout de même le loisir d’apercevoir quelques graffitis de bateaux sur ses murs. Il ne revint pas sur les lieux, et la découverte disparut pendant plus d’un siècle sous le sable.
Ce n’est qu’en 2014 que les fouilles reprirent. Une équipe d’archéologues menée par Josef Wegner, de l’université de Pennsylvanie, finit par retrouver l’endroit. Ils mirent alors au jour une grande salle souterraine voûtée, large d’environ quatre mètres et longue de vingt. La construction, en briques crues enduites, est très soignée. Les briques ont la même taille et la même composition que celle de l’enceinte du tombeau de Sésostris III. Ses constructeurs l’avaient visiblement conçu pour qu’il soit totalement dissimulé sous le sable.
En mettant au jour la salle, ils constatent qu’elle est littéralement constellée de graffitis de bateaux. Il y en a 120, et encore, de grands pans de l’enduit des murs sur lequel les dessins sont gravés ont disparu. À première vue, il ne semble pas s’agir pas d’une décoration planifiée à l’avance, mais de dessins sans ordre immédiatement apparent. Et sans doute l’œuvre de plusieurs mains. Plusieurs types d’embarcations sont dessinés, qui vont de simples barques à des bateaux plus équipés avec mâts, voiles, gréements, cabines, roufs, gouvernails, ou encore rames et rameurs. Certains dessinateurs ont visiblement le souci du détail, alors que d’autres se bornent à esquisser coque et cabine en quelques traits.
Que contenait cette salle ? Probablement un bateau. Pas seulement à cause des dessins. Mais aussi parce que les Égyptiens en ont creusé le sol, façonnant un réceptacle parfait pour accueillir la coque d’un bateau d’une vingtaine de mètres de long. Devant l’entrée, ils ont aussi aménagé une rampe en pente douce, sans doute pour l’installer plus facilement. Sur cette rampe, les Égyptiens ont déposé et aligné soigneusement des dizaines de jarres, à l’envers. Les archéologues les ont découvertes pratiquement toutes intactes. Ce qui implique probablement que les Égyptiens les ont ensevelies tout de suite après les avoir déposées. En d’autres termes, elles faisaient peut-être partie du rituel d’enfouissement du bateau. La plupart ne semblaient pas fermées, à part quelques-unes qui portent les traces d’un bouchon en terre crue. Elles ne contenaient sans doute que de l’eau.
La tombe à bateau n’est pas seule. À une dizaine de mètres et alignés avec elle, se trouvent quatre autres édifices un peu plus petits. Ils sont également en briques crues recouvertes d’un enduit blanc. Tous ressemblent à des puits rectangulaires de quelques mètres de profondeur, l’un assez long (cinq mètres environ). Quant au quatrième édifice, son puits permet d’accéder à une petite salle voûtée. Il ne s’agit sans doute pas d’une tombe, elle n’en a pas les proportions. Josef Wegner pense que ces cavités contenaient peut-être d’autres objets provenant du bateau : gréement, voiles, rames, etc.

Cet édifice ressemble beaucoup à un autre fouillé par une équipe française à la fin du XIXe siècle : même cavité souterraine, même voûte, même largeur et presque même longueur. Pas de dessins sur les murs, mais cinq barques d’une dizaine de mètres de long, ainsi qu’une sorte de traîneau ayant visiblement servi à les amener jusque-là, à travers le désert. Elles pourraient avoir servi pour des cérémonies funéraires. Elles étaient peintes en blanc et rouge, d’un revêtement qui n’aurait pas persisté longtemps au contact de l’eau. Ce qui implique qu’elles n’ont guère navigué.

Ci-dessous, les pages relatant la découverte en 1895 :

pages-de-morgan1895

Article rédigé d’après celui du blog Dans les pas des archéologues.

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