Mort d’un dictateur totalitaire ?

A l’heure où je termine laborieusement avec les troisièmes le chapitre sur les régimes totalitaires dans les années 30, nous apprenons la mort de Fidel Castro, le dictateur cubain. Une question me semble intéressante pour les élèves : Castro a-t-il mis en place un régime totalitaire ?

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Fidel Castro et Nikita Khrouchtchev en 1963

Né en 1926 à Biran, dans l’est de Cuba, Fidel Castro a toujours revendiqué son ascendance espagnole ( il était le fils d’un grand propriétaire terrien), au point de prétendre avoir le droit de vote aux premières élections démocratiques de juillet 1977, en Espagne.
Après des études à l’université, il devint docteur en droit, licencié en droit diplomatique et docteur en sciences sociales en 1950.
En 1952, il se présenta au Parlement cubain pour le Parti orthodoxe mais le coup d’état du général Batista, qui renversa le gouvernement, annula ces élections. Castro attaqua Batista en justice, l’accusant d’avoir violé la constitution, mais sa demande fut jugée irrecevable.
Castro organisa alors une réaction armée en attaquant la caserne de Moncada le 26 juillet 1953, mais ce fut un désastre. Amnistié, exilé au Mexique en 1955, il trouva de l’aide aux Etats-Unis, rencontra Ernesto Che Guevara et se lia d’amitié avec lui.

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Fidel Castro  et  Ernesto Che Guevara. ROBERTO SALAS / AFP

Invité par l’American Society of Newspaper Editors, Fidel Castro effectue une visite aux Etats-Unis, en avril 1959. Le président Eisenhower ne le reçoit pas, mais Castro rencontre le vice-président, Richard Nixon. Castro dépose une couronne de fleur devant le Lincoln Memorial, pour marquer son admiration pour le 16e président des Etats-Unis.

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Fidel Castro effectua une visite aux Etats-Unis, en avril 1959. Il  rencontra même le vice-président, Richard Nixon. Castro déposa une couronne de fleur devant le Lincoln Memorial, pour marquer son admiration pour le 16e président des Etats-Unis.Photo Alberto Korda

En décembre 1956, il rentra clandestinement à Cuba, avec 82 autres exilés et Che Guevara. Après quelques jours de combats, seuls 16 des 82 hommes engagés avaient survécu. Ils se réfugièrent dans la Sierra Maestra d’où ils menèrent une guérilla contre l’armée de Batista, soutenue par le gouvernement américain qui leur fournissait de l’argent et des armes.
A l’automne 1958, les forces révolutionnaires prirent Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays. Puis le dictateur Batista quitta le pays avec 40 millions de dollars vers la République dominicaine, puis l’Espagne de Franco.
Après son entrée en apothéose à La Havane, salué par l’opinion américaine, le différent avec les Etats – Unis commença rapidement avec les exécutions de policiers de Batista, jugés en direct à la télévision.
Dès 1961, le président américain Kennedy autorisa à un débarquement d’anticastristes dans la baie des Cochons, mais l’opération tourna au désastre. Castro se proclama alors marxiste-léniniste pour se rapprocher de l’URSS et trouver un protecteur contre les Etats – Unis. Après 1968 et son discours justifiant l’intervention militaire du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, Castro a épousé toutes les orientations de la politique étrangère soviétique.
La crise des fusées de 1962 a mis le monde au bord de la guerre nucléaire. On sait aujourd’hui, d’après les Mémoires de Nikita Khrouchtchev, que Castro n’avait pas hésité à envisager froidement la troisième guerre mondiale, si c’était le prix à payer pour tenir tête aux Etats-Unis.
« Nous avons le droit de penser par nous-mêmes » : cette formule des débuts, Castro la reprendra en 1988, pour justifier son refus de s’aligner ensuite sur la perestroïka lancée en URSS par Gorbatchev.

Fidel Castro a dirigé Cuba d’un pouvoir absolu pendant presque cinq décennies. Se faisant appelé « Comandante » ou « Lider Maximo » (Chef suprême) . Il a ensuite cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006 tout en restant premier secrétaire du Parti communiste de Cuba jusqu’en 2011.
La révolution cubaine a été un modèle décevant. Les tentatives d’industrialisation ont tourné court ; le « Tout pour le sucre » des années 1970 a désarticulé l’appareil de production. Très rapidement, en raison de l’embargo américain mais pas seulement, la libreta (« carnet de rationnement ») s’installa à Cuba, accompagné du marché noir. Au crédit du régime, on peut toutefois porté un système de santé pour tous et des progrès dans l’éducation (mais l’éducation massifiée, gratuite et accessible à tous était un excellent moyen d’endoctrinement).
L’absence de libertés, la surveillance des comités de défense de la révolution (CDR), des milliers de détenus politiques, des morts en prison illustrent les années de pouvoir de Castro (on évoque, sans certitude, plusieurs milliers de victimes sans compter les Cubains morts noyés en essayant de quitter l’île). Rien qu’en 1960, la répression qu’il avait ordonnée a entraîné l’arrestation de 70 000 prisonniers politiques et 631 condamnations à mort (146 personnes furent effectivement exécutées). Tortures psychiques et physiques sont pratiquées dans les prisons du régime. Le ras-le-bol d’une population privée de liberté s’est spectaculairement exprimé en avril 1980 : 125 000 Cubains choisirent alors l’exode, autorisé, vers les Etats-Unis.

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Billet de banque représentant Castro vainqueur en 1959

Si il n’y a jamais eu de statues de Fidel Castro sur les places de Cuba, sa mégalomanie était évidente. « Je suis la révolution », disait Fidel en 1991. La presse et les médias cubains, soumis à une très forte censure, se sont toujours consacrés à la dévotion du chef suprême. Comme lors du prétendu record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel Castro, à la fin des années 1960, afin d’inciter les ouvriers à se surpasser.
Il s’est conduit comme Staline lorsqu’il a fait condamné à mort le général Ochoa en 1989, couvert de lauriers en Angola et concurrent potentiel, accusé par le gouvernement de trafic de drogue. Trafic d’ailleurs décidé par Fidel Castro lui-même pour regarnir les caisses vides de son régime.

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Fidel Castro en plein discours devant des paysans de la Sierra Maestra.Cliché du photojournaliste américain Lee Lockwood en 1965.

Reste que Castro a donné à Cuba une importance hors de proportion avec sa taille et sa population. Il s’est mêlé des querelles entre superpuissances, jouant de leurs rivalités. Il a connu ou affronté onze présidents américains et fréquenté presque autant de premiers secrétaires du Parti communiste de l’URSS.

D’après un article du Monde.fr

 

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