L’Inde a démonétisé l’essentiel de ses billets en une journée

Le mardi 8 novembre dans la soirée, le Premier ministre indien a annoncé à la télévision que les billets de 500 et 1000 roupies (correspondant respectivement à un peu moins de 7 et 14 euros) seraient démonétisés à partir du lendemain. Autrement dit, ils ne pourront plus être utilisés nulle part, à quelques exceptions près (ils devaient initialement rester valables trois jours dans les hôpitaux publics, les chemins de fer, les bus, les coopératives et distributeurs de lait publics).
Les billets ainsi annulés représentent 86% de la valeur totale des billets en circulation et alimentent l’essentiel des transactions commerciales dans une économie qui repose sur le cash. Ces billets constituaient souvent le seul support de l’épargne des populations ne pouvant accéder aux services bancaires. Globalement, on estime que moins de 10% des Indiens travaillent dans l’économie formelle, c’est-à-dire les administrations, les grandes entreprises, etc. Tous les autres, commerçants, artisans, agriculteurs, employés de PME, sont dans l’informel, dans laquelle transactions et rémunérations s’effectuent en liquide, sans enregistrement officiel et sans paiement d’impôt. 86% en valeur des transactions des consommateurs se feraient également en liquide (la majeure partie des ventes d’amazon.in et de ses homologues nationaux se fait via le paiement par cash lors de la livraison au domicile).
Les nouveaux billets de 2000 roupies qui sont distribués aux guichets des banques sont refusés par les commerçants pour les petites transactions, simplement parce qu’ils ne peuvent pas rendre la monnaie. Les billets de 100 roupies, toujours valables, sont devenus tellement précieux du jour au lendemain que les gens cherchent à les conserver autant que possible pour les cas d’absolue nécessité, ce qui réduit encore la liquidité. D’où un brutal coup d’arrêt à la consommation. Le manque de cash affecte en cascade des pans entiers de l’économie. Dans la branche alimentaire, par exemple, où tout se paye en liquide, les marchés de gros sont à l’arrêt depuis quelques jours. Les paysans ne peuvent donc plus vendre leurs légumes avec de lourdes conséquences: pertes sèches de produits périmés, impossibilité d’acheter les semences dont ils ont besoin pour la saison des semis en cours.
Les Indiens ont été invité à venir les échanger aux guichets des banques contre de nouveaux billets de 500 et 2000 roupies, mis progressivement en circulation. Mais avec de fortes contraintes: un maximum de 4000 roupies (55 euros) peuvent être converties en liquide, le reste doit être déposé sur un compte en banque. Ces dépôts vont ensuite être examinés par le fisc indien : au delà de 3400 euros déposés, il faudra expliquer l’origine des fonds et à défaut de justificatifs clairs, cet argent sera considéré comme des revenus ayant été soustraits au fisc et sera taxé avec des pénalités de 200% supplémentaires.
Pour expliquer cette initiative sans précédent, le gouvernement a mis en avant plusieurs raisons: la nécessité d’éliminer les grosses quantités de faux billets en circulation et la volonté d’éradiquer la corruption qui affecte la société indienne.
De nombreux Indiens soutiennent a priori une mesure perçue comme décisive contre l’argent noir. Chez les économistes aussi, on met en avant les effets positifs que cette démonétisation devrait entraîner. Parmi les impacts positifs attendus figurent l’augmentation des recettes fiscales, l’amélioration de la position budgétaire de l’État, celle de la situation des banques via l’augmentation de leurs dépôts ou encore un recul de l’inflation. Les économistes débattent également vivement sur l’énorme bonus budgétaire dont pourrait bénéficier l’Etat indien. Certains estiment que l’argent noir qui ne sera pas rapporté pour échange et sera annulé fera apparaître un colossal bénéfice dans les comptes de la banque centrale, qui sera reversé au budget de l’État. De quoi permettre à ce dernier de financer toutes sortes d’investissements dans les années à venir.
Ce qui est certain, c’est que les effets positifs incontestables de la démonétisation ne se manifesteront qu’à moyen ou long termes. Dans l’immédiat, ce sont les impacts négatifs qui vont dominer.

D’après un article de Slate.fr et un autre ici.

One thought on “L’Inde a démonétisé l’essentiel de ses billets en une journée”

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s