Le verre à moitié vide

Loys Bonod, professeur de lettres classiques et auteur d’un blog, est intervenu à la télévision au sujet du dernier rapport sur les inégalités à l’école. Son analyse des causes des inégalités est intéressante, quoique trop rapide (mais le format de la télévision veut cela, sans doute). Parmi ces causes, il évoque « le manque d’école », c’est-à-dire la baisse des heures d’enseignements. On peut trouver sur son blog ces graphiques assez parlant à ce sujet, concernant l’étude du français.

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Certes, le volume horaire a baissé. Mais je pense qu’il est nécessaire d’ajouter deux choses : cette baisse ne s’explique-t-elle pas par l’apparition de nouvelles « matières » d’enseignement, inexistante en 1923 ou en 1977, ou bien par la hausse du volume horaire de matières déjà existantes ? D’autre part, la qualité d’un enseignement se mesure-t-elle vraiment à la quantité d’heures qui y est consacrée ?

Voici en complément,  le texte de la circulaire de 1969, fixant à 27 heures le temps d’école, contre 24 aujourd’hui :

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Sur son blog, il analyse en ces termes l’enquête CEDRE dont j’ai parlé ici : « Cette étude CEDRE 2016 montre que la maîtrise de la langue a progressé pour les élèves les plus faibles entre 2003 et 2015 (la part des deux groupes les plus faibles étant passé de 15% à 11%). Les progrès sont notamment sensibles dans les écoles de l’éducation prioritaire (de 33% à 21%), ce dont on peut évidemment se réjouir. Néanmoins, si le niveau moyen n’a pas baissé, il n’a pas progressé non plus (avec un score moyen passant de 250 à 251 points). Et pour cause : l’étude montre également que « le nombre d’élèves les plus performants  baissé significativement ». Pour les dire autrement, les élèves sont devenus plus moyens.« 

Monsieur Bonod regarde ici l’étude par un bout de la lorgnette, mais semble s’offusquer que l’on puisse regarder de l’autre. Je trouve pourtant encourageant que les élèves en difficulté progressent et peu m’importe que les bons soient devenus moins bon. Ce monsieur semble encore accroché à l’idée, à mon sens fausse, que les élèves doivent forcément atteindre l’excellence pour réussir. Si je crois nécessaire de donner de l’ambition aux élèves, je pense qu’ils doivent trouver dans l’école ce qui leur convient ou ce qu’ils leur faut (à condition que ce soit bien eux qui le déterminent et non le système…) et non un idéal inaccessible.

Dans un entretien donné en 2012 et publié ici, il revenait sur la cause principale de la baisse du niveau, selon lui :  » Au départ, lorsque j’ai commencé à enseigner, je considérais – sans doute naïvement – qu’il s’agissait de réformes pleines de sens et d’intelligence.
L’idée générale est qu’il fallait renouveler l’enseignement du français, procurer du plaisir, rechercher la spontanéité, promouvoir l’expression orale, décloisonner les disciplines, enseigner en séquences (c’est-à-dire de ne plus enseigner un jour l’orthographe, un autre jour la grammaire et un dernier l’étude d’un texte mais faire tout cela ensemble à partir d’un texte), mettre en place l’interdisciplinarité (par exemple, l’enseignement du français doit aller de pair avec les arts plastiques ou l’histoire-géographie, etc.)…
Avec le recul, je juge très sévèrement toutes ces réformes. Ces idées, certes très séduisantes sur le papier, se sont révélées extrêmement dangereuses et nocives. Nous avons été des apprentis sorciers avec l’école. Force est de constater que ces réformes ne peuvent fonctionner qu’avec de très bons élèves, ceux qui sont privilégiés et ont déjà une solide culture personnelle, mais absolument pas pour les élèves en difficulté ou même « normaux ». Ceux-ci ont besoin de cadres clairs et rassurants. Avec le travail en séquences par exemple, où tout se retrouve « horizontalisé », les élèves sont perdus.« 

L’une de mes interrogations est la suivante : monsieur Bonod a-t-il changé d’avis sur ces réformes au moment de son passage d’un établissement en zone d’éducation prioritaire à un établissement dit « normal » ? Ou bien est-ce son expérience en ZEP qui lui a permis d’en arriver à ce constat ?

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