EPI : premières réalisations

Voici les portraits écrits par les élèves de troisième dans le cadre de l’EPI « huit familles dans la tourmente du XXe siècle ». Les élèves ont d’abord cherché des photographies anciennes, le plus souvent sur Internet, correspondant au sexe, âge et classe sociale ou situation de leur personnage. Puis, avec l’aide de leur professeur de lettres, ils ont rédigé ces portraits qui ouvriront l’exposition / frises chronologique qui servira de production à l’EPI.

« Je m’appelle Günter Müller. J’ai dix-sept ans. Aujourd’hui j’entame ma seconde année de lycée et mes camarades et moi avons posé devant le photographe comme l’année passée. Je les dépasse toujours d’une tête. J’ai la même physionomie que mon père : épaules larges et larges mains. Ici on me surnomme « le battoir ». Il est vrai que j’aime montrer l’exemple et guider les autres. On me dit peu sociable. Il est vrai que le contact humain ne plaît guère et la large bouche qui barre mon visage cache à peine sur ce portrait le dédain que les autres m’inspirent.« 

« Treize septembre 1912.Je m’appelle Rose Maclaway.J’ai quarante-deux ans. Je me suis fait photographier parce que mon mari a été promu directeur du cabinet de notaires. Suite à cette promotion nous avons acheté une nouvelle villa dotée d’une dizaine de pièces. Nous avons embauché plusieurs servantes et une nourrice. Mon dieu comme il est épuisant de régenter tout ce petit personnel! Aussi sur cette photo je retiens mon sourire. Il ne manquerait plus qu’on ne me craigne plus ! »

« Bonjour James,
Comme nous allons nous marier très prochainement, je t’envoie cette photo. Tu vois, tu n’auras pas à rougir de ta femme, je suis plutôt jolie. Les dix-neuf ans bien portants! Les cheveux toujours disciplinés autour de deux joues bien pleines. Je garde toujours autour du cou le médaillon de ma grand-mère…Papa est notaire, ça tu le sais déjà. Il souhaite que je poursuive encore mes études. Mais Notting- Hill m’inspire bien d’autres désirs.
Aurons -nous des enfants bien vite? »

« Vingt- quatre juillet 1913…Sur cette photo de famille, rituel annuel, j’ai l’air heureux.
Cet air de femme simple et de ménagère tranquille qui a quand même pris soin de mettre en valeur ses beaux cheveux pour l’occasion…Sous cet air détaché se cache pourtant une nouvelle marotte: depuis trois ans maintenant je tiens un petit journal dans lequel je couche mes pensées à mes rares moments perdus…Mon journal, c’est un peu mon amie. Je n’aime guère la vie à Manhattan et seule Katrine, une jeune-femme délurée et habituée de l’hôtel, m’apporte un peu de réconfort. Ce même réconfort que mon époux ne m’apporte pas. Oh, évidemment il n’est pas méchant mais j’aimerais parfois qu’il lève les yeux de son journal pour les poser sur moi… »

« Cinq octobre 1917…Et voici la traditionnelle photographie en uniforme. Les Etats-Unis entrent en guerre..Sur cette photo c’est à la fois moi, grand, bien portant, joufflu, les mêmes yeux clairs et cette attention particulière portée au soin de mes mains et de mes cheveux Je reconnais moins en revanche ce voile d’angoisse dans mes yeux. Je suis gérant d’hôtel, un travail prenant qui m’éloigne souvent des petits évènements familiaux ce qui donne à penser à ma femme Amy que je ne l’aime pas assez…Nous avons un fils de dix-sept ans qui fait notre bonheur, j’espère qu’il reprendra l’hôtel…Enfin, pour l’instant, je m’apprête à quitter ma famille…Là ou je serai envoyé , j’écrirai à ma femme chaque jour pour qu’elle sache que je l’aime même si je ne sais pas le lui montrer. Faut-il donc avoir peur de l’avenir pour enfin oser dire à sa femme qu’on l’aime? »

« Hier, j’ai fait venir un photographe afin qu’il m’immortalise avant que je ne parte à la guerre…
Ce sera mon cadeau de départ pour ma femme. J’ai déjà quarante ans; Je suis né le vingt-six juillet 1864. Mon nom est Alonso Suarez. Je ne me reconnais pas sur cette photo. Quel air digne et guindé! Pourtant je suis boulanger. Mon fils Pablo travaille avec moi. J’ai trois autres enfants, Carmen, Jorge et Filipo et surtout une femme avec qui j’ai fait un vrai mariage d’amour: Amalia..Amalia, cette photographie , serre-là sur ton cœur et surtout saches que si la guerre ne me fait pas peur, l’idée de ne jamais te revoir m’est intolérable. »

« Et me voilà en uniforme militaire, comme mon propre père…J’ai peur, je ne veux pas mourir.
Je m’appelle Pablo Suarez et mon père Alonso va m’accompagner pendant cette guerre. Comme c’est étrange de se retrouver frères d’armes, nous qui partagions le même fournil pour nourrir ma mère, mes frères et ma sœur Carmen! On voit bien que je n’en mène pas large sur cette photo. J’ai déjà vingt-deux ans et ne suis pas marié. Serait-il possible que je sois privé d’une vraie vie qui m’appartienne? Ma mère , depuis notre mobilisation commune souffre d’hallucinations… »

« Je m’appelle Mohamed et j’ai quarante-cinq ans…
Je revêts ce costume traditionnel les jours de fêtes et aujourd’hui c’est jour de fêtes avec photographie pour se souvenir…
J’ai les cheveux foncés et les sourcils épais. Je porte la barbe. Comme beaucoup d’hommes dans le quartier. Je suis le boulanger du quartier. Je suis au four dès quatre heure le matin. Les enfants dorment à cette-heure-là…J’ai quatre enfants. Leurs cris et leurs disputes envahissent le fournil dès sept heures. Alors je refais surface de temps en temps de peur qu’ils n’épuisent trop ma femme qui est de santé fragile. »

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