La tentation de l’uniforme

Je reprend ici une partie des propos tenus par Renaud Donnedieu de Vabres, un ancien ministre de la Culture, qui propose ses « solutions » pour lutter contre l’idéologie fanatique des intégristes islamiques.Sans surprise, l’éducation nationale est de nouveau convoquée, mais au sujet de l’uniforme proposé jusqu’au collège.
« Nos armes essentielles sont et restent, certes, nos propres valeurs . Mais elles ont gravement besoin d’être solennellement réaffirmées et ce, sans aucune pudeur ni complexe. Transmises et inculquées à la jeunesse de France avec enthousiasme et même orgueil. »

Absence de pudeur et orgueil… Je ne suis pas d’accord avec cela. Les valeurs occidentales sont enseignées à l’école et au collège et cela me semble suffire. C’est hors de l’école que le bât blesse, dans la rue, dans les familles et sur les réseaux sociaux.

« (…) Le respect dû à chacun dans notre pays a pour corollaire que les règles communes de la cité et de la République doivent être enseignées, vécues dès le plus jeune âge, et appliquées avec force.
L’hymne à la liberté, qui est notre étendard flamboyant, passe par l’apprentissage de l’autorité dans l’éducation, à l’école, dans la rue, dans la famille. Sans exception. Sans tolérance. Sans alibi possible pour le récuser. C’est le passeport de nos valeurs. Le visa de nos libertés. »

De l’apprentissage de l’autorité au respect inconditionnel de l’autorité, il y a un pas bien facile à franchir. Il me semble que les terroristes respectent l’autorité de l’Etat islamique sans la remettre en question, c’est là l’un des problèmes. Je suis circonspect, donc.

« La vraie fraternité, c’est l’égalité absolue sans distinction d’origine, de religion, de couleur de peau, de tradition, de culture. La pratiquer, c’est instituer jusqu’au collège l’uniforme pour tous, garçons et filles. Cela ne gommera aucune personnalité en devenir, ni ne brisera aucune conscience, mais créera des liens, des ponts, des ressemblances, des complicités qui contrasteront avec les antagonismes venimeux et les dérives inquiétantes des temps actuels. Paradoxalement cela renforcera l’arc en ciel du genre humain, respecté dans sa diversité mais uni par sa beauté intrinsèque. La lumière de chaque être ne disparaît pas derrière l’unité des apparences extérieures. Cette containte éducative ne doit souffrir d’aucune exception, car loin d’être une discrimination vis-à-vis de quiconque, son universalité la célèbrera comme une discipline humaniste, portant haut la valeur de l’égalité. »

Cela me semble une mesure dérisoire. Les règles de la laïcité interdisent déjà les signes religieux à l’école et les modes créées déjà « des ponts, des ressemblances, des complicités ». En quoi l’uniforme va-t-il créer de la fraternité ? Il faudrait que l’auteur développe ce point.

« Dans le même esprit, la question de la création d’un service national absolument universel se pose. Il ne s’agit pas exclusivement de constituer une authentique «garde nationale» avec la jeunesse de France dans son intégralité , mais de démarrer la vie d’adulte par un effort collectif et une contrainte citoyenne féconde. Ce n’est pas une riposte conjoncturelle mais une démarche politique fondatrice.
Quitter sa famille, son immeuble, son quartier, sa solitude parfois, ses propres certitudes, et découvrir d’autres horizons, d’autres personnes, d’autres cultures, d’autres réalités, en faisant œuvre utile pour «son» pays fabriquera de véritables citoyens. Cela mettra un terme aux antagonismes nés de l’ignorance et de l’anathème et créera de solides fondements à la communauté nationale, en rattrapant de surcroît les échecs scolaires et en mettant en échec les dérives fâcheuses des esprits les plus fragiles, véritables proies des systèmes sectaires et totalitaires. »

Voilà un point sur lequel je rejoins cependant monsieur Donnedieu de Vabres. Dans la IIIe République,  le service militaire a joué ce rôle fédérateur et unificateur en mêlant les différentes classes sociales (un peu) et les horizons géographiques (beaucoup). Ce service citoyen universel est un outil sans doute intéressant à mettre en place, en y mettant les moyens.

(…)
Porter l’uniforme au collège ou dans la garde nationale citoyenne, c’est retrouver le chemin d’une fierté véritablement partagée: celle de la beauté du genre humain lorsqu’il est éduqué et riche d’une diversité d’autant plus assumée et célébrée qu’elle est fondée sur des valeurs communes respectées. C’est naturellement beaucoup plus qu’un rite superficiel d’unité d’apparence. Il s’agit d’une refondation. D’une acceptation de ce qui constitue la grandeur d’une nation.« 

Encore une fois, non. L’uniforme n’a jamais joué ce rôle en France, il me semble, du moins à l’école. La refondation de l’école, c’est autre chose, qui n’a pas encore eu lieu malheureusement.

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