Faire de l’histoire sans chronologie et sans programme ?

Lors d’une réunion sur les « nouveaux » programmes d’histoire – géographie, j’ai déploré le fait que ceux-ci soit toujours découpés en année et suivent la chronologie alors que les  autres matières vont fonctionner par cycle. Pourquoi ?

L’étude chronologique de la préhistoire en sixième au monde contemporain en troisième ne me satisfait pas. On étudie avec les élèves les plus jeunes les questions les plus complexes alors que les faits les plus proches reviennent aux troisièmes. Il me semble pourtant que l’une des difficultés auxquelles on se heurte est « l’étrangeté » des époques et des civilisations étudiées durant la préhistoire et l’antiquité notamment, alors que la période contemporaine, plus proche, est plus facile à comprendre (au sens étymologique de saisir, s’emparer de). Je préfèrerais donc, si l’idée d’une chronologie se maintenait, « commencer par la fin » en étudiant la période contemporaine en sixième et cinquième et en remontant le temps en quatrième et troisième. De cette façon, l’étude de la préhistoire en troisième pourrait peut-être s’appuyer sur le bagage scientifique des élèves (ADN, datation au carbone, etc…) et l’étude des courants de pensées de l’Humanisme au Marxisme sur le lettres (pourra-t-on espérer un jour une initiation à la philosophie au collège ?) et celle des cultures antiques sur le latin et le grec. Cette inversion de la chronologie est d’autant plus envisageable que les élèves étudient l’histoire de l’antiquité à l’époque contemporaine en école primaire.

Mais ce n’est pas mon souhait réel. Ce que je voudrais, c’est que les cours d’histoire, de géographie ou d’éducation civique soient des réponses aux questions que les élèves se posent. Car ils se posent plein de questions, les élèves, mais elles ont souvent peu de rapport avec le cours que nous sommes en train de faire, tout en étant pertinentes. J’essaie d’y répondre du mieux que je peux, mais je suis « coincé » par ce fichu programme qui a force de loi nous a -t-on dit lors de la réunion, et que je dois donc appliquer en tant que fonctionnaire !
Je crois pourtant possible de traiter les plus importants morceaux du programme actuel (si il faut vraiment avoir un programme) en répondant aux questions des élèves afin qu’ils comprennent d’où ils viennent et où ils vont. Je considère cependant que l’histoire et la géographie ne se résument pas à une accumulation de connaissances soit-disant nécessaires à l’élaboration d’une culture commune, mais qu’elles doivent servir aux élèves à comprendre le monde (là encore, dans le sens d’être capable de s’en saisir, d’y vivre et d’y agir).
Les questions qu’ils se posent autour de la sortie du Royaume – Uni de l’Union Européenne  doivent par exemple permettre de traiter les chapitres d’histoire et de géographie qui s’y rapportent. Mais pourquoi attendre la troisième alors que les élèves s’interrogent parfois dès la sixième ?
De même la question des migrants, à laquelle les élèves sont sensibles, peut autoriser de faire de la géographie, de l’éducation civique et de l’histoire sans attendre la quatrième ou la troisième.
Sans oublier les questions liées à leur quotidien : monsieur, pourquoi ma rue s’appelle « Rue du four banal » ? « J’ai trouvé cette médaille qui appartenait à mon arrière -grand père, c’est quoi » ?

Bien évidemment, j’entends déjà l’objection : et si les élèves ne se posent pas de question ? Je n’y crois sincèrement pas. Il est plus probable qu’ils n’osent pas les poser, pour de multiples raisons. Et quand bien même, il doit être possible de susciter les questions, notamment en travaillant sur l’actualité. Pourquoi, par exemple, ne pas passer aux élèves le mag d’Arte Journal Junior, diffusé chaque weekend, en début de semaine suivante (lui-même réalisé à partir de questions posées par des élèves du primaire français et allemand) et de travailler avec les élèves sur les questions qu’ils se posent à son visionnage ?
Là encore, je considère qu’il faut s’appuyer sur le fait que les élèves auront eu un apprentissage chronologique de l’histoire en primaire et donc des bases (même succinctes) pour construire ces réflexions.

Bien évidemment, la principale difficulté de ce type de cours est la nécessaire réactivité du professeur. Ce n’est donc pas forcément envisageable en début de carrière, mais je crois qu’un professeur un peu expérimenté doit pouvoir faire face à cela.

 

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