Un (nouveau) plan pour le numérique à l’école !

Voici des extraits de l’entretien donné par la ministre de l’Education Nationale au sujet du numérique à l’école.

Concrètement, que changera ce plan pour les élèves ?
« La plupart des départements et établissements ont prévu de doter les élèves – essentiellement des collégiens – d’une tablette, plus rarement d’un ordinateur portable, qui leur servira jusqu’à la fin de la 3e et qu’ils ramèneront chez eux le soir. Ces outils pourront être utilisés dans toutes les disciplines, du français aux mathématiques en passant par les langues vivantes ou même le sport. Cela ne veut pas dire que les outils numériques seront omniprésents, et il n’y a pas un quota d’heures prévues. Mais cela permettra aux enseignants de développer le travail collaboratif, de diversifier et surtout d’individualiser les apprentissages.
Pour les aider, nous avons financé la création de ressources numériques dans plusieurs matières, qui seront rassemblées dans une bibliothèque en ligne à compter d’août. Il s’agira en quelque sorte d’une « réalité augmentée » des programmes, du CM1 à la 3e : pas de simples manuels scannés, mais des modules théoriques sur les différentes notions, des vidéos, exercices, ou encore des logiciels facilitant l’apprentissage des disciplines.
Chaque élève aura un mot de passe pour accéder à son espace numérique de travail : il y retrouvera les ressources téléchargées à la demande de l’enseignant, ses travaux en cours, ainsi que les principaux journaux, en version numérique. Ses données seront protégées et sécurisées. »

Votre plan numérique doit concerner l’ensemble des collèges à la rentrée 2018. Combien d’élèves seront impliqués à la prochaine rentrée ?
« Les élèves de 5e d’au moins 1 510 collèges seront concernés en septembre, sans doute plus, puisque l’appel à projets continue. Cela représente 25 % des collèges publics, et plus de 175 000 élèves au total. Nous n’avons pas voulu imposer un plan venu d’en haut, ni « parachuter » du matériel : c’est aux départements, et aux établissements, de se porter volontaires, après avoir réfléchi à l’utilisation des outils au service des apprentissages. Tout le territoire national est finalement couvert, avec parfois 100 % des collèges d’un même département embarqués dès cette première rentrée. Les élèves de CM1 et CM2 de 1 236 écoles primaires seront aussi impliqués : non ciblées par le plan à l’origine, ces écoles ont été incluses à leur demande, avec l’idée que dans certains réseaux, notamment ceux de l’éducation prioritaire, il est bénéfique de commencer tôt. »

Presque tous les départements ont choisi d’équiper les collégiens de tablettes. Or diverses études ont pointé les limites de leur utilisation à des fins d’apprentissage, et certains y voient un côté « gadget »…
« Nous avons préféré laisser les départements se prononcer, en fonction des projets de leurs établissements, tout en finançant 50 % de ce matériel, ce qui est inédit. Presque tous ont choisi des tablettes, plus maniables, mais avec des claviers. Une évaluation globale du plan débutera en septembre.« 

Une vaste étude de l’OCDE portant sur ses 34 pays membres, a montré qu’investir dans le numérique ne suffit pas. Les résultats des élèves peuvent même baisser si les méthodes d’enseignement n’évoluent pas…
« En effet. L’innovation pédagogique est très importante, et notre plan finance des projets de recherches sur ce thème. Les outils numériques, loin de remplacer les enseignants comme certains le fantasment, renforcent encore leur rôle. Il leur revient d’accompagner, guider, individualiser les apprentissages en fonction des élèves… De même, il est faux de penser qu’on trouve tout sur le web et qu’il devient inutile d’apprendre. C’est grâce aux savoirs et usages acquis en classe qu’un élève développera son esprit critique et son jugement, et pourra se servir à bon escient d’Internet. »

Est-il judicieux de consacrer 1 milliard d’euros à ce plan numérique, alors que l’étude de l’OCDE a montré que les compétences numériques des élèves français sont déjà au-dessus de la moyenne, tandis qu’ils sont moins bons que leurs camarades en maths notamment ?
« Ce plan ne se concentre pas sur les seules compétences numériques, il vise à améliorer les apprentissages dans toutes les matières. La révolution numérique me paraît aussi majeure que celle de l’imprimerie, avec des effets analogues : au-delà de l’innovation technique s’engage une dynamique intellectuelle et d’immenses potentialités. Le numérique n’est pas un simple tuyau qui permet d’aller plus loin et plus vite. Il doit être exploité dans toutes ses dimensions.
Un exemple : je constate, lors de visites dans des classes passées au numérique, que son utilisation change le rapport à l’erreur. Un élève qui s’exerce au calcul mental sur sa tablette ne craint pas de se tromper et d’être jugé. Plus confiant, il peut beaucoup mieux progresser. Or les études PISA (Programme for International Student Assessment) de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) nous montrent que si les élèves français obtiennent de mauvais résultats, notamment en maths, c’est justement par peur de l’erreur : dans les QCM d’évaluation, ils préfèrent ne pas répondre que de se tromper ! Le plan devrait aussi faciliter les apprentissages des collégiens en situation de handicap, de dyspraxie ou de dysphasie par exemple : les ressources numériques qui seront proposées aux enseignants comporteront des fonctionnalités spécialement conçues pour ces élèves.« 

Votre plan est concentré sur les élèves de 5e, qu’est-il prévu ensuite, jusqu’aux études supérieures ?
« Il débute en effet en 5e, qui marque le début du 4e cycle d’apprentissage, et se poursuivra durant les années de 4e et de 3e. Concernant les lycées, beaucoup d’élèves sont déjà équipés en matériel, mais je sens un intérêt des présidents de région pour développer des partenariats autour du numérique. Dans l’enseignement supérieur, 95 % des étudiants sont déjà équipés de leur propre ordinateur, qu’ils amènent en cours. L’accent a donc été mis sur les contenus, à travers le portail sup-numerique.gouv.fr, qui propose 30 000 ressources pédagogiques en ligne, et le développement de MOOCs : ces cours en ligne, rassemblés sur la plate-forme FUN, totalisent 1,7 million d’inscriptions.« 

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