Une catastrophe du VIe siècle expliquée en 2012

En l’an 563, l’éboulement d’un pan de montagne du mont Taurus a entraîné une vague géante sur le lac Léman, relatée ainsi par un futur évêque d’Avenches (commune suisse du canton de Vaud), dans sa chronique couvrant les années 435 à 581 : la montagne « se précipita si subitement qu’elle engloutit un fort qui était proche, ainsi que des villages avec tous leurs habitants, et elle agita tellement le lac (…) que, sorti de ses deux rives il dévasta de très anciens villages avec hommes et troupeaux ; il détruisit même beaucoup de lieux saints avec leurs desservants et il enleva avec furie le pont de Genève, des moulins et des hommes, et étant entré dans la cité de Genève, il y fit périr plusieurs personnes. »
Grégoire de Tours, contemporain de l’événement, le décrit ainsi :
« Alors il apparut un grand prodige au fort du Tauredunum, qui était situé au-dessus du Rhône, dans la montagne. Après avoir fait entendre pendant plus de soixante jours une espèce de mugissement, cette montagne se détachant et se séparant d’un autre mont contigu, se précipita dans le fleuve avec les hommes, les églises, les richesses et les maisons, et, lui barrant le passage entre ses rives qu’elle obstruait, refoula ses eaux en arrière ; car cette région était enfermée de part et d’autre par les montagnes, du défilé desquelles s’échappe le torrent. Alors, inondant la partie supérieure, ce dernier recouvrit et détruisit tout ce qui était sur les rives. Puis l’eau accumulée, se précipitant dans la partie inférieure, surprit inopinément les habitants, comme elle l’avait fait plus haut, les tua, renversa les maisons, détruisit les animaux ; et elle emporta et entraîna tout ce qui se trouvait sur ces rivages, jusqu’à la cité de Genève, par suite de cette subite et violente inondation. Il est rapporté que là l’eau s’amoncela de telle façon qu’elle entra dans la dite ville par-dessus les murs.»

Une équipe suisse de l’université de Genève est parvenue à reconstituer le fil des événements en 2012, en étudiant l’histoire sédimentaire du lac dans lequel plusieurs strates se sont succédées. La plus récente, retrouvée dans la partie centrale du lac, fait en moyenne de 5 m d’épaisseur sur 50 km2, soit un volume minimum évalué à 250 millions de mètres cubes. La datation au carbone 14 d’éléments organiques récupérés dans cette couche par des carottages la situe dans une fourchette temporelle allant de 381 à 612. Le tsunami de 563 s’inscrit donc parfaitement dans cet intervalle.
Les auteurs de l’article imaginent le scénario suivant pour la catastrophe : l’écroulement du pan de montagne a ébranlé tout le secteur, ce qui s’est répercuté, à quelques kilomètres de là, dans la partie du delta du Rhône qui se trouve sous les eaux du lac. Les sédiments de cette zone se sont alors effondrés sous le choc et mis en mouvement dans le lac Léman pour se retrouver en son centre, ce qui a provoqué le tsunami.
Partie de l’extrémité est du lac, l’onde s’est propagée jusqu’à l’autre bout. Selon la modélisation présentée dans l’étude, au bout d’une dizaine de minutes, la vague atteignit ce qui est aujourd’hui Evian-les-Bains, où elle mesurait 8 mètres de haut. Sur la rive opposée, elle arriva à Lausanne en un quart d’heure, avec une hauteur évaluée à 13 mètres. Et, si son amplitude décrût au fil du temps (3 mètres à Thonon-les-Bains, 4 à Nyon), elle retrouva un regain de vigueur à 8 mètres en atteignant Genève, 70 minutes après son départ, tout simplement parce que la ville, située à l’extrémité occidentale du lac Léman, est comme au fond d’un entonnoir.

Leman
En rouge figure le trajet de la vague en minutes et en noir sa hauteur en mètres

En 2009, la découverte entre Rennaz et les Evouettes, lors de travaux de construction de la route H144, des restes d’un habitat et d’un cimetière bouleversé (le corps d’un défunt se trouvait presque en position debout suite à un bouleversement géologique), datant bien de la fin du VIe siècle, laisse penser que le pan de montagne qui s’est détaché appartenait au Grammont et que les terroirs de la localité des Evouettes sont situés sur le  cône formé par le glissement de terrain de 563.

Evouettes-090409

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