Et ça continue, encore et encore..

Ma collègue Mara Goyet a encore commis des articles sur la réforme (ici et ). Son aigreur et sa mauvaise foi n’ont décidément pas de fin…

« C’est fou à quel point on n’a pas donné la parole aux élèves lors de cette réforme du collège.

On parle de leur ennui, de la violence des notes reçues, de tout un tas de choses qu’ils vivraient bien ou mal. On en parle en leur nom (donc avec nos a priori et concepts de vieux, certes raffinés, savants, élaborés mais peut-être aussi biaisés). Mais eux, ils en disent quoi ?

A croire que l’on n’a pas encore compris qu’un espace de discussion non démagogique (j’insiste) pouvait être ouvert avec ceux qui sont, après tout, les premiers concernés. Il ne s’agirait pas d’une enquête nationale, d’un formulaire universel, d’un prof bashing sous forme de QCM. Simplement d’une discussion de fond, dans les classes, dans les établissements. 

Evidemment, ça foutrait sans doute du plomb dans l’aile des méthodes magiques et de la tradition miracle.Il n’est pas certain que les élèves formuleraient des rêves d’accompagnement personnalisé, d’îlot et d’EPI  ni qu’ils associeraient de manière mécanique l’ennui et l’effort. Il se pourrait que l’on ait des surprises. Et même des bonnes surprises. Qui nous déstabiliseraient un peu.

Heureusement,  il sera toujours temps, à ce moment-là, d’affirmer qu’ils sont les moins bien placés pour savoir ce qui est bon pour eux. Et de se replonger dans un texte de 1912 ou un étude publiée dans une revue scientifique du Massachusetts qui repose sur l’étude par IRM de 824 enfants de 12 à 14 ans. « 

Comme si dans les réformes précédentes, où même dans les établissements (oserais-je même : au sein des classes ?) on se préoccupait de donner la parole aux élèves ! Cette discussion de fond avec les élèves qu’elle semble appeler de ses voeux serait-elle alors autre chose qu’un exercice démagogique ? J’en doute. J’aimerais la voir mener, pour de vrai et non en exercice de style, cette discussion avec des élèves. Je voudrais qu’elle m’enseigne alors quelque chose, mais je n’y crois pas beaucoup.

L’ennui, la violence des notes sont des réalités pour beaucoup de mes élèves (mais pas tous, évidemment). Les élèves disent souvent ce qu’ils pensent des cours ou des activités que je propose, que je les sollicite ou non, mais je les crois peu capable de recul sur l’institution du collège en général.

(…)

« La réforme du collège va-t-elle contribuer à transformer le pari de l’éducabilité en réalité ? Rien n’est moins certain. Si elle part de l’idée que tous les enfants sont éducables (ouf), elle ne semble pas du tout se donner les moyens de dépasser le stade des bonnes intentions. Ni les EPI, ni les nouveaux livrets, ni les nouveaux programmes, ni l’accompagnement personnalisé, ni la réduction des bilangues, ni la seconde langue vivante en 5e, n’abordent vraiment la question. Ils y répondent encore moins. De fait, au nom de l’égalité, la réforme ne prend par le risque d’une approche individuelle des élèves. Par trouille, elle n’ose pas vraiment s’occuper directement, spécialement des élèves en très grande difficulté (on s’occupe un peu de tout le monde, ce faisant, on croit échapper aux critiques). Au nom des lubies (îlots, etc.) on en vient à oublier que l’éducabilité passe aussi et surtout par le lien avec le professeur (j’y crois car mon prof y croit). Au nom des « bonnes pratiques », elle ne mesure pas à quel point l’inventivité et la détermination ne se décrètent pas mais s’insufflent (c’est très contagieux, il suffit parfois d’un collègue dans un établissement)(qui, immanquablement commence par se faire détester par ses pairs. Cette détestation devient ensuite une motivation !). En définitive, et c’est ça le pire, au lieu de créer de la ferveur, elle a surtout contribué à révéler l’aigreur.

C’est ce qui serait vraiment navrant : que l’éducabilité ne reste qu’un slogan rutilant. Est-ce ce qui nous attend ? »

Le passage souligné en gras m’a fait un peu sourire mais m’a surtout montré toute l’hypocrisie cachée dans une salle des profs ! Je ne souscris pas du tout à sa vision faussement optimiste : un collègue dont les pratiques changent se fait bien détester par ses pairs, mais il ne déteint pas. Tout au plus le laisse t’on continuer en lui cassant du sucre sur le dos auprès des élèves et des parents, au pire, on le harcèle tellement qu’il demande sa mutation !

One thought on “Et ça continue, encore et encore..”

  1. Ce n’est que le début..d’accord..d’accord
    Eh non la motivation ne s’insuffle pas et la détestation perdure , touchant au passage l’oie blanche qui aurait montré trop d’intêret pour les nouvelles méthodes du semeur de troubles!
    Pourquoi ce présupposé d’une « intelligence » de la salle des professeurs?
    Hélas….

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