Portrait de femme : Edmonde Charles – Roux (1920 – 2016)

 

Edmonde-Charles-Roux_pics_809

Née en 1920, elle était la fille d’un homme d’affaires, mais aussi un diplomate qui entraîna sa famille au gré de ses affectations, à Saint-Pétersbourg, Istanbul, Le Caire, Prague (la ville de la petite enfance) et Londres.
François Charles-Roux fut finalement nommé ambassadeur auprès du Saint-Siège en 1932 et jusqu’à la guerre. Edmonde Charles-Roux fit donc une bonne part de ses études au lycée Chateaubriand à Rome.
Lorsque la guerre éclata, Edmonde Charles-Roux prépara un diplôme d’infirmière. Volontaire, elle fut affectée dans un corps d’ambulancières, dans une unité de la Légion étrangère au sein de laquelle elle fut blessée dans le secteur de Verdun en mai 1940, lors du bombardement de l’hôpital de campagne. Décorée de la Croix de Guerre, elle est nommée caporal d’honneur de la Légion étrangère et citée à l’ordre du corps d’armée.
De retour à Marseille auprès de sa famille, Edmonde Charles-Roux continua le combat dans les rangs de la Résistance. Disposant d’un véhicule de la Croix-Rouge et de bons d’essence, elle fut rapidement approchée par des membres des FTP-MOI (francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immimgrée) pour qui elle assura des transports clandestins, et intégra le réseau Brutus.
Au lendemain du débarquement des troupes françaises sur les côtes de Provence, le général de Lattre de Tassigny, qui rencontre Edmonde par l’entremise de son frère Jean, l’affecta à son état-major. C’est lors de l’entrée de la Ire armée française en Autriche que la jeune femme fut blessée pour la deuxième fois et citée à l’ordre de la division.
Rendue à la vie civile, Edmonde Charles-Roux se vit fermer les portes de son milieu pour avoir vécu au milieu des soldats et fréquenté nombre de communistes.
Pour trouver un emploi, elle s’essaya au journalisme dans un un nouvel hebdomadaire féminin, Elle. Son premier papier fut sur le retour de Toscanini à Milan ! Passionnée de musique, elle accompagna la naissance du Festival d’Aix-en-Provence, lancé par un Cosi fan tutte interprété par un chef autrichien (Hans Rosbaud) et un orchestre allemand (celui de la radio Südwestfunk de Baden-Baden) !
Elle passa deux ans à la rédaction de Elle (1947-1949), avant de travailler à l’édition française du journal Vogue (1950). Elle en devint rédactrice en chef en y imposant très vite sa marque, tant dans la maquette et la mise en pages que le contenu, faisant autant de place à la mode et à la culture.
Elle y révéla ou y imposa des talents nouveaux comme François-Régis Bastide, François Nourissier, Violette Leduc ou Alain Robbe-Grillet.
Ces idées ne plaisaient toutefois pas à tous et elle dut quitter le magazine en 1966, sur un scandale, pour avoir voulu imposer une femme de couleur en couverture (le premier mannequin noir à faire la couverture de Vogue Paris sera Naomi Campbell en 1988 !)
A l’automne 1966 elle publia chez Grasset son premier roman, Oublier Palerme. Tiré d’un souvenir d’enfance en Sicile – un fait divers sanglant mettant aux prises un marchand de fleurs palermitain avec un touriste américain candidat à la mairie de New York qui retrouve là soudain la logique archaïque de la violence de la terre de ses ancêtres –, le livre, ardemment soutenu par Louis Aragon et Elsa Triolet, fut couronné par le prix Goncourt.
Edmonde Charles – Roux n’était toutefois pas novice en écriture, car elle avait participé dix ans plus tôt à l’atelier littéraire constitué par Maurice Druon en 1955 en vue de la rédaction des Rois maudits.
Chargé de lui remettre la médaille de la ville de Marseille suite au prix Goncourt, le maire Gaston Defferre fit alors la connaissance de la romancière et en tomba amoureux. Edmonde devint Mme Defferre en 1973 et continua à écrie et publier chez Grasset : Elle, Adrienne (1971), une intrigue sous l’Occupation où une couturière libre et renommée, L’Irrégulière ou Mon itinéraire Chanel (1974), la biographie d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) en deux partie (Un désir d’Orient en 1988 et Nomade j’étais, 1995).
Cette oeuvre lui ouvrit les portes de l’Académie Goncourt en 1983, succédant à Armand Salacrou. Son action en faveur de l’ouverture du vénérable cénacle fut à l’image de son parcours : elle se battit pour convaincre ses confrères que l’image de l’institution ne pouvait que bénéficier de la création du Goncourt des lycéens. Devenue présidente de la compagnie, le 5 mars 2002, elle en fit réformer les statuts en 2008 avant de laisser sa place à Bernard Pivot en janvier 2014.
Edmonde Charles – Roux est décédée hier à Marseille.

D’après un article du Monde.fr

One thought on “Portrait de femme : Edmonde Charles – Roux (1920 – 2016)”

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s