Quand l’URSS faisait la critique de Star Wars

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« L’été dernier, une nouvelle psychose cinématographique a envahi les salles obscures américaines. Selon la presse, le film du réalisateur américain George Lukas a battu tous les records : 60 millions de dollars en seulement un mois de diffusion. Du matin au soir, on projette « la guerre des étoiles » dans des salles combles. Pour voir le film, il faut soit faire la queue pendant des heures, soit acheter un billet à la sauvette pour la somme fabuleuse de 50 dollars.
C’est ainsi que des horreurs d’une ampleur cosmique et des tyrans monstrueux terrorisant notre galaxie sont venus remplacer les « forces obscures », les catastrophes et les requins géants. La lutte contre ces tyrans est menée par une sorte de princesse au visage rondelet, un jeune paysan, un vieux chevalier de la Table Ronde, un homme-singe et deux robots. L’un d’eux, un énorme robot doré appelé tripio (3PO), est doté de parole. Un autre, Artu-Detu (R2D2), ressemblant à une automobile, s’exprime par des signaux. Selon l’hebdomadaire français « l’Express », l’intrigue est assez primitive.
Mais pour intimider encore plus le petit-bourgeois, les réalisateurs ont recours aux armes les plus sophistiquées : un rayon laser, avec lequel les personnages se battent à la manière d’une rapière. A l’écran, d’horribles monstres : hommes-lézards, gnomes sans visage, momie vivante dont la tête est parsemée de tubes de caoutchouc, animaux fantastiques …
En parallèle du tournage de ce « chef d’œuvre » – que son réalisateur George Lukas qualifie de « western futuriste » – les Etats Unis ont connu une vague d’opérations commerciales liées au film. Les éditions « ballantine » en ont ainsi publié un roman éponyme. Les éditions de bande dessinée « Marvel Comic Book » ont ensuite signé un contrat avec la Fox et, ayant divisé le scénario en sept parties, ont commencé à produire un comics mensuel consacré à l’histoire de « la guerre des étoiles ». Son tirage est d’un million d’exemplaires. Suite à cela, les attributs classiques de la « culture de masse » sont apparus : badges, t-shirts, affiches, disques. Avec la nouvelle année, les jouets pour enfant devraient arriver dans les magasins : des figurines de Artu-Detu, émettant les mêmes sons que l’original, ainsi que de Tripio. Les sabres lasers, principale « découverte » du film, ne sont pas encore inventés que des travaux sur sa création sont déjà en cours.
Dans les prochaines semaines sortira donc sur les écrans américains la nouvelle série “la guerre des étoiles”, qui promet d’être aussi médiocre que rentable. Ce n’est pas surprenant. Le spectateur de masse « béquette » de bonne grâce à de tels spécimens « artistiques » afin de ressentir, en sortant de la salle que, malgré tout, à l’extérieur tout est calme … »

Literaturnaja Gazeta, 7 septembre 1977.

J’ai trouvé la traduction de cet article sur le blog Poussières d’empire.

Ce même blog propose la traduction, du russe toujours, d’une analyse beaucoup plus pertinente de l’oeuvre, parue en 1987 :

« La guerre des étoiles » et sa suite suggèrent d’autres réflexions. Lukas n’a jamais directement construit d’analogie politique. Il n’évite cependant pas les sous-entendus, en recourant à toutes sortes d’allusions. Et si la consonance des noms (Darth Vader et Dar Veter, personnage du futur communiste dans le roman mondialement connu d’Efremov « Andromède ») peut être considérée comme une coïncidence, l’un des aides de camp du méchant a des traits beaucoup plus évocateurs. Son nom, Tarkin (Wilhuff Tarkin, responsable de la construction de l’Etoile Noire, NdT), sonne russe. Son apparence et ses vêtements rappellent très clairement les perfides bolchéviques que l’on voit souvent dans les films antisoviétiques. La représentation de la Sibérie comme un vaste espace couvert de neige est répandue dans la masse américaine en raison de films et de livres du même genre. Et c’est exactement ce genre d’espace qui apparaît dans « l’empire contre-attaque », en tant que territoire des ennemis de la belle et vaillante princesse de Luke Skywalker. En outre, dans le troisième opus « le retour du Jedi », les troupes de l’empire portent des uniformes similaires à ceux d’un des pays socialistes ».

E. KARCEVOJ, Hollywood : contrastes des années 1970 ». Moscou : Iskustvo, 1987

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