Quand l’histoire se répète ad nauseam

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Pédagogue et penseur de l’éducation, Louis Legrand est mort le 20 octobre dernier à l’âge de 94 ans. Entre beaucoup d’autres choses, il fut le malheureux concepteur, au début des années 1980, d’une ambitieuse réforme du collège, bloquée par l’alliance des conservateurs et du syndicat enseignant majoritaire.
En 1980, Louis Legrand devint professeur en sciences de l’éducation à l’université de Strasbourg. En 1981, après l’arrivée de la gauche au pouvoir, le ministre de l’éducation Alain Savary le plaça à la tête d’un « groupe de pilotage » chargé d’élaborer une réforme du collège, dont chacun constatait déjà l’impuissance à conjurer les déterminismes sociaux. Intitulé « Pour un collège démocratique », le « rapport Legrand » fut remis au ministre en décembre 1982. Il prônait la constitution au sein des établissements d’ensembles autonomes d’une centaine d’élèves sous la responsabilité d’une équipe pédagogique. Celle-ci aurait eu la latitude d’organiser son enseignement, notamment en formant des groupes temporaires d’élèves en fonction des besoins, ainsi qu’en « adaptant » les programmes.
Le rapport préconisait un large recours à la « pédagogie de projet », impliquant simultanément plusieurs disciplines, et prévoyait l’instauration d’un système de tutorat, où un adulte prenait en charge un groupe de 12 à 15 élèves pour les soutenir dans leurs études. Il défendait la reconnaissance des enseignements artistiques, technologiques et sportifs à égale dignité avec les autres matières. Il proposait enfin une redéfinition du service hebdomadaire des enseignants dans le sens d’une présence accrue dans l’établissement : seize heures de cours pour tous (agrégés compris), trois heures de tutorat et trois heures de concertation.
Le SNES lança alors une intense campagne contre la réforme (étonnant,non ?), refusant notamment tout changement dans les obligations des enseignants et dénonçant dans le tutorat une distorsion du métier dans le sens de « l’animation ». Parallèlement, le camp du « c’était mieux avant » se mobilisa dans le champ politique et dans les médias sur le thème de la destruction de l’école.
Alain Savary abandonna rapidement la redéfinition du service hebdomadaire des enseignants et le tutorat (encore plus étonnant !). Le ministre ne retint sous une forme amoindrie que certaines des mesures préconisées et décida que la rénovation se ferait à partir de la rentrée 1984 sur la base du volontariat des établissements, par tranches de 10 % chaque année.
Louis Legrand, qui se sentit justement trahi, redevint professeur à l’université de Strasbourg. Nommé ministre de l’éducation en juillet 1984, Jean-Pierre Chevènement, réticent envers les réformes de son prédécesseur, n’annula pas officiellement la rénovation engagée, mais celle-ci s’enlisa lentement mais sûrement (oh, pourquoi ne suis-je pas surpris ?).

D’après un article du Monde.fr

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