Maths et histoire

Le thème des journées mathématiques de l’APMEP de cette année est « les mathématiques, quelle histoire ? ! ». C’est aussi (un peu) pour cela que j’y suis.

Dans l’idée de trouver des sujets d’EPI pour l’année prochaine ou bien pour assurer les formations à venir, je me suis inscrit ce matin à un atelier intitulé « un projet Moyen – Age en classe de 5e ». Madame Françoise Bertrand, le professeur de mathématique qui le présentait a travaillé en AP sur les mesures médiévales.

IMG_3151

Dans un premier temps, elle a fait manipuler les élèves à l’aide de cordes à 13 noeuds. Ils ont essayé de retrouver les figures géométriques vues en classe, ce qui leur a permis  de visualiser leurs propriétés.

IMG_3156

IMG_3180
Ma pige

Ils ont ensuite étudié les mesures médiévales et fabriqué leur propre pige. Ils se sont aperçus rapidement des problèmes posés par ces mesures disparates, ce qui a permis au professeur d’introduire l’idée des mesures du maître d’ouvrage, de la coudée royale et enfin du mètre pour harmoniser les pratiques.

IMG_3157 IMG_3158

Dans un second temps, elle a proposé aux élèves de construire un bestiaire en leur donnant des dessins médiévaux dans lesquels ils devaient faire entrer des formes géométriques avec des contraintes.

IMG_3171

Enfin, les élèves ont reconstitué leur créature à l’aide de prisme. Vous pouvez retrouver cet expérience relatée dans un article de la revue de l’APMEP, PLOT, n° 50.
Pour la partie histoire d’un travail interdisciplinaire, il semble nécessaire que le professeur  apporte le substrat historique à tout cela en localisant dans le temps, en présentant la société de l’époque et en montrant le rôle du religieux et du merveilleux dans la pensée médiévale.

IMG_3187

Cet après-midi, j’ai pu assister à une conférence de madame Catherine Goldstein, du CNRS, sur le thème des mathématiques dans la Grande guerre.

IMG_3213 IMG_3200

Intéressants, les propos de madame Goldstein m’ont donné de nombreux exemples pour traiter le thème de la guerre totale avec l’utilisation des mathématiques dans l’aviation (la mécanique des fluides) et dans l’artillerie et la balistique (les fonctions et l’optimisation), mais aussi les réactions nationalistes et idéologiques des sociétés de mathématiques françaises face au Manifeste des 93, rédigé par des scientifiques allemands (dont un mathématicien) que je reproduis ci-dessous :
« Appel au monde civilisé!
En qualité de représentants de la science et de l’art allemand, nous, soussignés, protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l’Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence…
Il n’est pas vrai que l’Allemagne ait provoqué cette guerre. Ni le peuple, ni le Gouvernement, ni l’empereur allemand ne l’ont voulue. Maintes fois pendant son règne de vingt-six ans, Guillaume II a sauvegardé la paix, fait que maintes fois nos ennemis mêmes ont reconnu. Ce n’est qu’au moment où il fut menacé d’abord et attaqué ensuite par trois grandes puissances en embuscade, que notre peuple s’est levé comme un seul homme.
Il n’est pas vrai que nous fassions la guerre au mépris du droit des gens. Nos soldats ne commettent ni actes d’indiscipline ni cruautés. Ceux qui s’allient aux Russes et aux Serbes, et qui ne craignent pas d’exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu’on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre au rôle de défenseurs de la civilisation européenne.
Sans notre militarisme, notre civilisation serait anéantie depuis longtemps. C’est pour la protéger que ce militarisme est né dans notre pays, exposé comme nul autre à des invasions qui se sont renouvelées de siècle en siècle. L’armée allemande et le peuple allemand ne font qu’un. C’est dans ce sentiment d’union que fraternisent aujourd’hui 70 millions d’Allemands sans distinction de culture, de classe ni de parti.
Croyez-nous ! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu’au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l’héritage d’un Goethe, d’un Beethoven et d’un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer. Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur. »

Voici l’une des réponses françaises à ce manifeste :
« (…) Nous n’avons pas seulement à nous défendre contre un ennemi, suivant les lois éternelles de la guerre; nous avons encore à protéger notre race menacée de destruction totale et à lui conserver sa place sous le soleil.
L’erreur de quelques intellectuels hésitants et de certains membres de l’Institut est de ne pas vouloir reconnaître le caractère exceptionnel de la guerre de 1914, qui n’est, dans l’histoire, comparable à aucune autre, tant au point de vue de la stratégie qu’au point de vue moral et humain.
En 1870, après la bataille de Froeschwiller, Ernest Renan pouvait écrire par la voie de la presse au savant allemand Strauss et l’appeler «mon cher maître», et celui-ci pouvait lui répondre «mon illustre confrère» sans que des protestations indignées éclatassent sur les deux rives du Rhin. L’Allemagne, malgré ses allures barbares, avait un idéal: son unité. La France impériale, elle, n’avait pas conservé intact l’antique idéal de justice et de droit. La pensée, l’honneur restaient cependant des thèmes accessibles aux grands esprits, de chaque côté.
Aujourd’hui, le contact, entre eux, a été supprimé par le fer et par le feu, par des carnages sans nom, par une inhumanité de caverne. Le rêve de l’Allemagne n’est plus qu’un rêve de conquête et de sang, tandis que notre idéal à nous s’est ennobli, épuré, en quarante ans de douleur et de luttes.
Les hommes qui, par leur talent, leur valeur scientifique, artistique ou littéraire, l’incarnent aux yeux de la France sont à un poste de combat et tiennent, pour une part, dans leur main, les données de la victoire. »
Par Alfred Capus de l’Académie française, texte paru dans Le Figaro du 24 octobre 1914.

IMG_3203 IMG_3204 IMG_3207 IMG_3209

Enfin, madame Goldstein a évoqué des parcours de mathématiciens pris dans ce conflit mondial et qui ont rédigé des lettres et vécu l’enfer comme de nombreux autres poilus. Parmi eux, Gaston Julia, blessé au visage en 1915 et devenu une « gueule cassée », ce qui ne l’empêcha de soutenir une thèse en 1917. Madame Goldstein a écrit un article sur ce mathématicien dans les tranchées pour la revue La lettres du chemin des Dames numéro 23 (2011) que vous pourrez lire ici (page 22 à 25).

IMG_3197

Paul Painlevé, un autre mathématicien trop vieux pour être mobilisé, a fait une belle carrière politique durant la guerre en essayant de mobiliser les mathématiques pour la victoire française.

IMG_3216

Je ne sais pas si un collègue de maths pourrait trouver là-dedans son compte pour un EPI. Pourrait-il faire étudier les fonctions avec des exemples tirés de la balistique ? Ou bien travailler sur les hyperboles, utilisées dans le repérage des batteries ennemis par le son ?

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s