Histoire des arts : Nuit et brouillard d’Alain Resnais

« Ce film n’est pas un reliquaire refroidi, […] un monument élevé à la mémoire discrète de nos morts. Il est surtout le témoignage vivant, incroyable, des manifestations extrémistes de l’oppression et de la force mises au service d’un système qui n’eut pas le respect des droits élémentaires de chacun dans son originalité et dans ses particularités. […]
Dans le ciel indifférent de ces sèches images, il y a, menaçantes, les nuées toujours en mouvement du racisme éternel. […] Le souvenir ne demeure que lorsque le présent l’éclaire.Si les crématoires ne sont plus que des squelettes dérisoires, si le silence tombe comme un suaire sur les terrains mangés d’herbe des anciens camps, n’oublions pas que notre propre pays n’est pas exempt du scandale raciste.
Et c’est alors que Nuit et Brouillard devient non seulement un exemple sur lequel méditer, mais un appel, un « dispositif d’alerte » contre toutes les nuits et tous les brouillards qui tombent sur une terre qui naquit pourtant dans le soleil, et pour la paix. »

Jean Cayrol, Les Lettres Françaises, 606, Février 1956.

« A quarante ans de distance, le «miracle» du film agit encore. Il réside dans son exceptionnelle longévité et dans les usages multiples – parfois inadéquats – qui en sont aujourd’hui proposés. Il serait en effet paradoxal d’utiliser ce documentaire pour évoquer devant les élèves la « Solution finale »: le commentaire de Jean Cayrol, très 
daté sur ce plan, l’ignore dans sa spécificité. Si l’on s ‘intéresse toutefois aux images d’archives réunies au terme d’une recherche documentaire plutôt novatrice pour l’époque, on constate que le film donne à voir les étapes de la persécution des Juifs – ghettoisation-arrestation-déportation – qui précédèrent leur extermination dans les centres de mise à mort. 
Pourtant la pérennité de Nuit et brouillard s’explique surtout par sa dimension d’œuvre d’art, moins close sur le passé qu’inquiète de l’avenir. En réduisant le film au statut de document, on lui demande tout à la fois trop et trop peu: on voudrait qu’il dise et atteste toute l’histoire, celle des camps nazis, celle du génocide; on néglige l’ambition créatrice qui en assura la postérité.  »

Sylvie Lindeperg, L’histoire N° 294, janvier 2005.

Voici le lien vers une page Internet revenant sur la création du film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais que j’ai montré aux troisièmes dans le cadre de l’histoire des arts. Pour compléter cette étude, il existe un documentaire de Jean-Louis Comolli et Sylvie Lindeperg, datant de 2009 et intitulé Face aux fantômes. Il est téléchargeable sur le site de l’INA pour 3 euros et met en lumière le processus de création de ce film devenu un classique.

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