Les secousses de l’histoire : la colonisation et décolonisation de l’Algérie avec Orangina

C’est la tentative menée par mon collègue Ludovic Fécamp, du collège André Maurois de La Saussaye qui m’a inspiré cet article (merci à lui). Il y a là une idée à creuser pour une étude de cas en quatrième en mêlant l’histoire (la colonisation) et la géographie (sur les échanges de marchandises, la mondialisation et les firmes transnationales).

affiche_2    affiche_3
(Publicité  de 1935 et des années 40, Collection du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille)

La boisson Orangina est née de la visite à l’automne 1935 de Léon Beton, dont l’activité à Boufarik , en Algérie française, portait sur les huiles essentielles de géranium et de lavande, au stand Naranjina de la foire de Marseille. Ce concentré d’oranges, mis au point par le docteur Agustin Trigo Mirallès de Valence, en Espagne, donnait une orangeade après l’addition d’eau et de sucre et de l’huile essentielle contenue dans le bouchon. Léon Beto décida de racheter la formule du procédé de concentré de jus d’orange, afin de trouver un débouché aux oranges de sa région, la Mitidja, de plus en plus concurrencée sur les marchés métropolitains par la production espagnole. Améliorée pour en faire une boisson prête à boire, la boisson est baptisée « Orangina, soda de Naranjina ».

ph2
Intérieur de l’usine de Boufarik

Dès que les relations commerciales reprirent avec l’Espagne, en 1947, le fils de Léon Beton négocia avec le docteur Trigo la propriété de la marque Orangina pour la France et son Empire colonial.  La société Naranjina Nord-Afrique qui fournit le concentré et gère la publicité fut créé en 1951 en ouvrant à Boufarik la première usine de préparation. La société gérait également la publicité de la marque. La mise en bouteilles du produit était confiée aux Établissements Marin à Blida, et Montserrat à Alger. Le produit obtint d’abord du succès en Algérie, puis Jean-Claude Beton trouva des concessionnaires pour élaborer la boisson et la distribuer en France métropolitaine (Les Établissements Milles à Perpignan, les Établissements Denni à Strasbourg et la société Fruidam à Paris ).

Avec la guerre d’Algérie et l’indépendance , l’entreprise installa à Vitrolles l’usine fabricant le concentré d’orange et une partie de la production de la boisson finale. Suite au développement du produit en métropole, Naranjina Nord-Afrique fut transformée en février 1961 en Compagnie française des produits Orangina (CFPO) dont le siège social était établi à Marseille. La production locale devenant insuffisante, l’usine algérienne de Boufarik ferma définitivement en 1967. L’acquisition de la Compagnie française des produits Orangina par le groupe Pernod-Ricard en 1984 autorisa enfin un développement international toujours d’actualité depuis.

Cependant, selon son actuel exploitant algérien, la marque Orangina faisait partie d’un fonds industriel commercial qui a été nationalisé au titre de biens vacants en 1962, comme tous les biens qui appartenaient à la France avant l’indépendance. Plus précisément, les Français de la CFPO l’auraient cédé aux établissements Marin qui l’auraient abandonné à l’indépendance, en 1962. De procès en procès, la bataille juridique que mène depuis une quarantaine d’années Maâmar Djgaguen, propriétaire d’Orangina Algérie, s’est encore compliquée avec la production sous licence de l’Orangina par la Société des eaux minérales de Saïda, filiale du groupe privé Yaïci, accordée par le groupe japonais Suntory, propriétaire de la marque Orangina depuis 2009.

Voici quelques liens utiles :
un article du blog Histoire d’entreprises,
un article de l’Express sur le retour d’Orangina en Algérie en 2003,
un extrait d’un article intitulé « Orangina, mieux qu’une saga« ,
– deux publicités sur le site de l’INA montrant l’évolution dans la pratique commerciale : en 1971 et en 1972.
– une émission algérienne sur la propriété intellectuelle de la marque Orangina après la décolonisation et l’indépendance de l’Algérie ici en arabe et traduite en français. Elle montre bien les conséquences de la colonisation et de la décolonisation sur les Algériens et les Pieds – Noirs avec un combat juridique sur le nom Orangina.
– les sites d’Orangina France ( filiale du groupe Orangina Schweppes possédant une vingtaine de marques, dont les 6 principales, Orangina, Schweppes, Oasis, Pulco, Trina et La Casera, représentent 80% de la performance commerciale du groupe. ) et d’Orangina Algérie.
un extrait de l’interview de François Hollande en Algérie en décembre 2012, interrogé sur la vente d’une marque algérienne aux Japonais et avouant son ignorance du dossier Orangina.
– deux articles sur le point de vue algérien de l’imbroglio juridique ici et .

 

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s