Du développement durable en 1789 ?

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Partie de la cote orientale d’Afrique avec l’Isle de Madagascar et les cartes particulieres des Isles de France et de Bourbon. Projette et assujetie aux observations astronomiques, Paris 1791

Au cours de ses recherches, l’historien Jérome Froger a découvert un document rédigé par un colon de l’île de France (l’actuelle île Maurice) à la veille de la Révolution française qui développe une réflexion précocement « environnementale ».

C’est un mémoire daté du 9 juillet 1789 et signé par Étienne Boldgerd, colon français et entrepreneur agro-forestier (son exploitation principale se situait au Sud de l’île le long de la Rivière des Citronniers près du Poste Jacotet), aux administrateurs généraux de la colonie pour expliquer comment préserver la ressource forestière de l’île tout en maintenant une activité agricole. Ce plan envisage les différents problèmes posés par la surexploitation des ressources forestières de l’Ile de France à différentes échelles : locale (l’île), régionale (l’archipel des Mascareignes, l’Ouest de l’océan Indien) et même mondiale.

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Carte de Jérome Froger

Estienne Boldgerd explique que pour lui, la colonie ne saurait être utile à l’Etat si elle ne lui offre des « chantiers » (exploitation du bois pour la construction navale notamment) comme des « greniers »(culture de céréales). Les deux  vocations de l’île, forestière (« chantiers ») et agricole (« greniers »), se rejoignent dans l’idée d’une colonie-relais sur la route des Indes. L’île fournissait en effet des vivres aux navires de passage et servait de base stratégique en temps de guerre. Sans son port, l’île perd toute sa « considération politique ». Estienne Boldgerd pense qu’il est de la sagesse de l’administration d’arrêter toute coupe de bois non indispensable. La colonie disposant déjà d’une surface défrichée suffisante pour lui procurer plus de grains qu’elle n’en peut en consommer. Il ajoute ceci :
« Dans l’hypothèse que nous soyons réduits à l’alternative de nous approvisionner au dehors ou de bois, ou de grains, le choix pourrait-il être douteux ? Le dernier de ces besoins, plus pressant sans doute ne sauroit être absolu dans aucun temps, notre sol et celui de Bourbon sont des ressources assurées contre la disette, avec un peu de prévoyance, l’Europe et l’Amérique septentrionale nous rapportent des farines ; toutes les côtes voisines nous offrent des ris et des bleds et l’importation de ces denrées est aussi facile que peu couteuse. Il n’en est pas ainsi des bois où les prendrons-nous ? Combien de difficultés n’éprouverons-nous pas pour l’extraction ! combien de dépenses pour le transport ! »

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Carte de Jérome Froger

Il était donc selon lui nécessaire de trouver un équilibre entre zones agricoles et espaces forestiers. Cet équilibre était présenté par Boldgerd comme variable en fonction du contexte historique : en période de guerre l’exploitation forestière était réactivée au détriment de l’activité agricole dont le recul pouvait être compensé aisément par des importations provenant de la zone ou même d’autres régions du monde. Cette réactivation de l’exploitation forestière n’étant possible que si si on avait préservé assez de zones forestières en période de paix, d’où la nécessité d’une réserve forestière suffisante pour réagir aux évènements.

Vous pourrez lire des analyses plus détaillées de ce mémoire ici et . Les lignes de cet article en sont un maladroit résumé.

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