Des valises lourdes d’histoire

Pascal Caïla, étudiant en maitrise d’histoire, apprit en 1990 que des malles, entreposées dans une mairie du département, n’avaient jamais été réclamées par personne depuis leur dépôt en 1942. Il mena l’enquête et aboutit à Auvillar, où, dans un réduit de l’hôtel de ville, une quinzaine de malles prenaient la poussière. Le 6 juin suivant, en présence de deux membres de la communauté juive de Montauban et du secrétaire de mairie, les malles, ayant appartenu aux familles Roth et Kurzweil, arrêtées à la fin de l’été 1942 par les gendarmes du régime de Vichy, furent ouvertes. L’étudiant en fit l’inventaire avant de les refermer (des vidéos de l’ouverture sont visibles ici).

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Les bagages tels qu’ils furent retrouvés en 1990, 48 ans après leur dépôt.

Les documents contenus dans les bagages de la famille Kurzweil étaient si nombreux et parlant que Pascal Caïla a pu reconstituer son l’histoire dans un article « Adèle Kurzweil ou le destin brisé d’une famille juive entre Auvillar et Montauban » dans la revue Arkheia ou en résumé sur ce site.

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La famille Kurzweil en Autriche (photo retrouvée dans les bagages)

La famille a vécu à Graz en Autriche dans les années 1930. Le mari, Bruno Kurzweil, militant socialiste, travaillait comme avocat. Les Kurzweil ont fui le nazisme en 1938 après que monsieur Kurzweil ait eu interdiction d’exercer le métier d’avocat en juin et que leurs comptes en banque furent bloqués en septembre. La famille se réfugia à Paris en octobre 1938 puis il gagna Montauban en 1940.

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Bruno Kurzweil tenait à rester en règle avec l’Etat français. Il gardait les sauf-conduits et les récépissés de la gendarmerie sur le recensement de juin 1941 où il avait été répertorié en tant que juif. Il continua d’aider des réfugiés socialistes autrichiens à émigrer aux Etats-Unis et une correspondance entretenue avec le consulat du Mexique atteste des démarches faites par la famille pour émigrer mais elles échouèrent en mars 1942.

En mai 1942, la famille fut assignée à résidence à Auvillar où ils furent arrêtés par les gendarmes français le 26 août 1942 et envoyés au au camp de Septfonds jusqu’au premier septembre. Ils partirent alors pour Drancy  avant d’être déportés à Auschwitz par le convoi n° 30 le 9 septembre et y être exterminés à leur arrivée au camp.

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