Clergé, religion et sentiment anti-républicain en France vers 1880

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Pour illustrer le cours sur la Troisième république, voici des extraits de lettres de l’abbé Guiot, curé de Chécy près d’Orléans, rédigées en 1877. Ils témoignent de l’esprit anti-républicain du clergé français.

« Je vous écrits tout de même à la lueur de la foudre, pour vous souhaiter une meilleure soirée et un tranquille lendemain, car paris ou plutôt Versailles a aussi sa tempête, plus terrible et plus difficile à apaiser. ici un rayon de soleil dissipe les nuages qui s’en vont sans rien dire et il faut un coup d’état pour dissoudre et disperser  messieurs les députés qui s’en vont aussi, mais en montrant le poing et en se promettant bien de revenir. pour quelques épis couchés, quelques raisins meurtris, quelques carreaux cassés peut être, nous n’en mourrons pas, d’autres repousseront, mais vos orages à vous ont des conséquences bien autrement désastreuses. D’abord ils durent toujours et quand ils seront renvoyés, chacun des 363 orages fera de son côté sa petite tempête partielle, à domicile. Les journaux nous apporteront l’écho et il est dans la nature de ces petites foudres partielles de faire, sinon autant de bruit, au moins autant de mal et de dégâts au loin qu’auprès. Et ce mal reste, ne faisant que s’aggraver. Les esprits de travers ne se redressent pas comme le seigle et les pauvres âmes atteintes ne ressuscitent que par miracle. Quand donc aura lieu ce miracle et qui le fera ? Et combien de temps durera-t-il ? C’est le secret de Dieu. » (17 juin 1877)

Cette lettre évoque la crise parlementaire de mai 1877 faisant suite à des débats houleux au sujet de la restauration du pouvoir temporel du pape en France. Le président Mac Mahon, homme de droite ne cachant pas ses sympathies monarchistes accepte la démission du gouvernement « de gauche » de Jules Simon et nomme comme président du conseil Albert de Broglie, partisan d’un retour à « l’ordre moral ».  Il suspend les séances de l’Assemblée pour deux mois.Le 18 mai , des députés des différents groupes républicains de la Chambre se réunissent en séance plénière à Versailles, et signent un manifeste dénonçant « la politique de réaction et d’aventure ». Le texte reçoit trois cent soixante-trois signatures. Le 16 juin 1877, la session de la Chambre reprend ? un mois seulement après son renvoi. Le jour même, Mac Mahon demande au Sénat son « avis conforme » pour dissoudre la Chambre des députés, ainsi que l’article 5 de la loi du 25 février l’y autorise. Lors d’un débat à la Chambre, Gambetta prononce alors un discours véhément contre la politique du gouvernement, dans lequel il dit notamment : « Nous partons trois cent soixante-trois, nous reviendrons quatre cents » . Cette déclaration ne sera pas prophétique cependant car les républicains ne remporteront que 323 sièges lors des élections d’octobre 1877.

« Car Paris, la ville, la reine du peuple, sa mère, comme le disent ces scélérats imbéciles, après le roi des fous furieux , Victor Hugo, est un ogre qui mange ses enfants, tout en les révoltant et les poussant à Nouméa. il me semblait que sous l’empire de l’opinion démocratique où le peuple est tout, on se serait occupé de sa misère et de ses difficultés de vivre. C’est la plus absurde et la plus funèbre des blagues : on diminue le travail, on baisse les prix et on augmente, avec le loyer, les charges des familles ouvrières. » (17 juillet 1877)

Nouméa est une ville de Nouvelle Calédonie, une colonie pénitentiaire française. On y envoyait des condamnés de droit commun (« les transportés »), des prisonniers politiques (notamment les Communards après 1870, « les déportés ») et des récidivistes (« les relégués »).

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